jeudi 9 décembre 2010
Rêve d'automne - Fosse - Chéreau
mercredi 8 décembre 2010
Baal - Brecht - Orsoni

vendredi 19 novembre 2010
Big Bang - Quesne

dimanche 14 novembre 2010
Bérénice - Racine - Gwenaël Morin

lundi 8 novembre 2010
C'est comme ça et me faites pas chier - Garcia

mercredi 3 novembre 2010
TG Stan - Le Tangible

lundi 25 octobre 2010
Tartuffe - Molière - Morin
avec Renaud Béchet, Julian Eggerickx, Barbara Jung, Grégoire Monsaingeon, Gwenaël Morin et Ulysse Pujo
au théâtre de la Bastille jusqu'au 31 octobre
vendredi 22 octobre 2010
Colloque Kitsch
vendredi 15 octobre 2010
La loi du marcheur - Didry - Bouchaud - Daney
avec Nicolas Bouchaud
au théâtre du Rond Point jusqu'au 17 octobre
reprise en décembre au 104
"Le cinéma c'est une promesse d'être un jour citoyen du monde..."
Eric Didry a travaillé entre autres avec Claude Régy. Nicolas Bouchaud est le comédien qui a représenté tous les intermittents aux derniers Molières, dans le rôle de l'agitateur... Nous sommes en famille n'est-ce pas, de ceux qui tirent les signaux d'alarmes et qui tentent avec leurs armes de révéler ou de nous rappeler les dérives inquiétantes de notre temps. Serge Daney évoquait déjà en 1992 son scepticisme quant à la "télé réalité" et de nous présenter une très belle comparaison avec le cinéma qui "montre" et la télé qui "programme" ce qui fait que les gens ne voient rien. "Chaque jour les images perdent de leurs forces"... comment ne pas être interpellé par une parole si visionnaire ? De notre monde noyé d'images et d'informations, qui ne sort plus l'essentiel mais le fait disparaître. Ces entretiens admirablement bien joués par un Nicolas Bouchaud inspiré et inspirant, une mise en scène sobre, essentielle et ludique, qui n'hésite pas à nous bousculer et à impliquer le spectateur, sont un vrai moment de révélation sur la qualité de la pensée d'un passionné, mais nous rappellent aussi comment l'art peut-être à la fois politique et révélateur social.
"Si le théâtre avait la force qu'il avait eu (...) on y viendrait tous les jours se purger. Mais aujourd'hui ça a du mal à exister car les médias tuent, dévitalisent..." petite remarque au passage qui ne cesse d'être vraie. On ne peut s'empêcher de déplorer que Serge Daney soit parti si tôt, emporté par le sida quelques mois après ces entretiens filmés, encore une voix essentielle qui nous manquera, merci à l'équipe d'Eric Didry de nous faire revivre ce moment de pensées indispensables drôles et instructives, qu'il faut aller voir au 104 en reprise à partir du 11 décembre 2010.
jeudi 7 octobre 2010
Les Chiens de Navarre - Une raclette
avec Caroline Binder, Antoine Blesson, Céline Fuhrer, Robert Hatisi, Manu Laskar, Thomas Scimeca, Anne-Elodie Sorlin, Maxence Tual et Jean-Luc Vincent
au théâtre de Vanves du 6 au 9 octobre 2010
C'est une satire du théâtre, pour mieux l'honorer, c'est un regard aiguisé sur notre société, avec autant de violence que de désir ou d'amour, c'est autant de pavés dans des mares inertes, une volonté de ruer dans les brancards, de souligner les fantasmes, d'exploser les limites.
Il ne faut pas rater ce spectacle qui ne peut laisser indifférent, même s'il doit parfois perdre un peu, pour la qualité des comédiens, la richesse des idées et l'originalité de la présentation, un souhait indéniable d'essayer de rénover les choses. Jusqu'à la dernière minute où le fantasme ultime de certain est d'inclure le spectateur, invité dès les premières minutes et encore inclus dans les dernières, jamais oublié. Il est temps de continuer dans la voie d'Artaud, celle qui tend à rendre vivante la tendance mortifère de la représentation cloisonnée. Venez vous laisser déranger par ces Chiens en liberté, rire aux éclats à leurs blagues burlesques ou à leurs imitations parfaites de notre singulière banalité, vous cacher les yeux devant leur nudité que vous ne sauriez voir ou enfin avoir peur d'un théâtre si vivant !
Jusqu'au 9 octobre 2010 au théâtre de Vanves et puis :
- du 19 au 22 octobre 2010 à 20H30 à la Rose des Vents (Scène Nationale de Lille Métropole / Villeneuve-D'Ascq)
- du 11 au 13 janvier 2011 à 20h30 au Théâtre de Vanves - Scène conventionnée pour la danse (92)
- du 17 au 19 mars 2011 à 20h30 au Centre Pompidou (Paris)
-du 23 au 27 mars 2011 aux Bouffes du Nord (Paris)mercredi 29 septembre 2010
Oh les beaux jours / Beckett / Bob Wilson
avec Adriana Asti et Giovanni Battista Storti
au théâtre de l'Athénée du 23 septembre au 9 octobre 2010
Il en reste une gestuelle adorable et une énergie extraordinaire qui nous parviennent malgré tout, et une sensation de voyage intense au pays imaginaire de l'absurde, comme toujours avec des clins d'oeil à notre propre monde.
samedi 25 septembre 2010
L'Echange - Yves-Noël Genod

lundi 20 septembre 2010
Armide - Lully - Rambert - Plante
Très bel opéra de Jean-Baptiste Lully sur un livret de Philippe Quinault, un rien baroque, peu épique mais romantique à souhait. Pascal Rambert en a livré une version ultra contemporaine, avec le choeur de Houston, Texas, et une ambiance guerre Usa - Irak un tantinet étrange.
On y retrouve la sobriété du metteur en scène, un plateau blanc et des néons blancs, des costumes noirs, blancs, jean, et armée, tables, chaises, ordinateurs... et un gigantesque 4x4 noir.
En frontalité souvent, en voiture un peu, décalés toujours, les personnages semblent tiraillés par leurs émotions dans ce grand univers blanc qui en est dépourvu. On est dans un tel dépouillement que seul l’essentiel subsiste. La guerrière Armide pourchasse le guerrier Renaud, en tombe amoureuse et se le voit ravir par sa rivale indétronable : la gloire et sa conquête dans le coeur de Renaud.
Pour quelqu’un comme moi absolument pas habituée à l’Opéra, cette intense sobriété me permet de plonger dans la musique et de me laisser emporter par les chants.
Pascal Rambert n’hésite pas à glisser de la légèreté et de l’humour et d’un autre côté manie la tragédie avec beaucoup de délicatesse. La pureté de cette mise en scène souligne et rend tout lisible. L’esthétique est vraiment remarquable dans sa modernité, sert l’opéra, et paradoxalement se mêle très bien avec la musique pourtant très connotée de Lully.
Photo Amitava Sarkar
J’ai juste été un peu étonnée de voir les danseurs habillés en GI américains, jouer au golf pendant l’acte 2, au moment ou Renaud est charmé par Armide et s’endort sur le gazon... Il m’a semblé que l’image était décalée par rapport à la mission américaine en Irak.
Le parallèle avec la guerre américo-irakienne est glissant et je pense qu’il ne gagne pas à être anecdotique, c’est le seul bémol que j’aurais sur cette mise en scène.
Je recommande d’aller voir cet étrange objet, particulièrement si on n’est pas un adepte de l’opéra, voici une excellente manière de s’y initier.
mercredi 28 juillet 2010
Avignon - Yves-Noël Genod
« Le Parc intérieur »
Variations sur « Venus et Adonis » de Shakespeare
d'Yves-Noël Genod
Voici un spectacle bien singulier et personnel, qui ressemble tellement à son performeur.
Nous sommes accueillis par du champagne et cela c’est la gentillesse et la générosité d’Yves-Noël Genod, qui ne manque pas de culot non plus, dans la société ou l’argent fait tout et dans un festival au In si cher, il s’offre le luxe de nous inviter. Le b.a. ba du théâtre, la gratuité, et si l’on a aimé, on peut donner à la fin, dans le chapeau. La beauté du geste. Le geste commun, celui de l’artiste et celui du spectateur ravi (ou pas ?). Impossible de ne pas l’être ! Tout le monde a aimé et encensé ce spectacle. La presse en a parlé partout, et tant mieux, Yves-Noël a fait salle comble et c’est une bonne chose. Car il faut tirer son épingle de l’écheveau inouï des 1000 spectacles du OFF d’Avignon… Pari réussi pour cet instant en tête à tête avec ce brillant comédien, metteur en scène qui nous raconte tel un conteur des anciens temps, ou tel un prof passionné par l’œuvre, l’histoire de Venus et Adonis. J’avais déjà chroniqué la version plus courte qu’il en avait fait à Gennevilliers (Ici), et j’ai retrouvé le plaisir d’écouter le texte, rentrer totalement à l’intérieur, et observer les milliers d’images qu’Yves-Noël réussi à faire surgir sous nos yeux. Véritable vie qui se prend dans les mots, du poème écrit, soudain l’oiseau se fait entendre, Adonis est étendu devant nous, le cheval s’échappe… tout est là.

Dans cette Condition des soies, scène circulaire qui fait penser au cylindre de Beckett du Dépeupleur, verre de champagne à la main et éventail dans l’autre, on ri beaucoup aux dizaines de digressions qu’Yves-Noël fait ici ou là au grès de ce que le texte lui rappelle… Un souvenir de Marguerite Duras, un coup de fil avec Régy, des anciens spectacles, des films, des recherches sur internet… Avec son humour ironique et un brin moqueur, mais souvent aussi plein d’enthousiasme pour tout ce qui l’entoure, il nous emmène dans son monde. Et on s’y sent bien… voilà ce que je préfère dans Genod, c’est Genod ! Un voyage dans le regard d’un artiste, c’est un moment rare, et c’est ce qui le rend précieux, lorsque quelqu’un tente de nous changer les yeux. Ici la découverte d’un texte magnifique, du mot à mot parfois et l’ampleur de l’émotion qui s’y cache est débusquée par un fouilleur professionnel, qui sait montrer derrière chaque image, la tragédie d’une Venus, désirant sans retour. Et l’on s’y voit, et le poème résonne en nous, comme autant de souvenirs à notre tour, un joli tour de passe-passe, entre les lignes d’humour, la douleur…
Encore jusqu’au 31 juillet à la Condition des Soies, à 18h.
jeudi 22 juillet 2010
On n'arrête pas le Théâtre - juillet 2010
William Butler Yeats (1865 – 1939) est un auteur irlandais qui a reçu le prix Nobel de littérature en 1923. Au départ dans la veine des romantiques, il participera au renouveau de la création irlandaise, et ses poèmes et pièces seront d’inspiration pré-raphaélite. Sans doute ce qui donne à ce « Roi de la tour du Grand Horloge » un aspect si médiéval. Le metteur en scène a choisi de conserver cette ambiance, nous sommes accueillis par une scène disposée en carré, l’action se déroulant au centre. Les comédiens sont là, l’un d’entre eux nous offre une rose. Tout le jeu se fera dans une vraie lignée moyenâgeuse, on s’y croirait, à part sans doute les costumes plutôt contemporains. L’histoire mystérieuse d’un roi à la femme muette, qui vient se faire défier par un poète vagabond, ressemble à un conte pour enfant. Le poète demande à voir la reine, dont il dépeint les charmes sans jamais l’avoir vue. Jamais ? vraiment ? pourtant il semblerait que leurs voix s’unissent au delà des mots. Yuta Masuda a admirablement mis en musique les chansons écrites dans la pièce et que Yeats laissa à la création de qui voudrait. Tourbillonnant moment, entre chant, jeu et joute, les mots poésie nous perdent au gré d’une histoire qui ne se dévoilera pas complètement, nous laissant libre de nous la raconter nous-mêmes. Le comédien qui fait la reine est un homme, comme sans doute autrefois les comédiens jouaient les rôles des femmes. De même, la voix de la reine est chantée par Olav Benestvedt, tout cela procure une atmosphère extrêmement étrange, qui devient savoureusement morbide à la fin… Conservons le suspens pour ceux qui iront, cet instant de théâtre très particulier, dépaysant et original, est à voir encore jusqu’à dimanche au théâtre de l’étoile du nord à Paris.
vendredi 16 juillet 2010
Avignon - Marthaler
« Papperlapapp »
de Christoph Marthaler et scénographie Anna Viebrock
variations de Christoph Marthaler, Malte Ubenauf, Olivier Cadiot et les acteurs d’après des textes de Herbert Achternbusch, Don Gabriele Amorth, Olivier Cadiot, E. M. Cioran, Dario Fo, Søren Kierkegaard, Professor Madya, Henri Michaux, Julien Torma et Malte Ubenauf.
Musique : Martin Schütz, JS Bach, K. Bette, Antoine Busnoys, F. Chopin, Carlo Gesualdo, J. Haydn, F. Liszt, Joseph Meyer, WA Mozart, GP da Palestrina, Pérotin, E. Satie, G. Verdi et R. Wagner.
avec : Marc Bodnar, Raphael Clamer, Bendix Dethleffsen, Evelyne Didi, Olivia Grigolli, Rosemary Hardy, Ueli Jäggi, Jürg Kienberger, Bernard Landau, Sasha Rau, Martin Schütz, Clemens Sienknecht, Bettina Stucky, Graham F. Valentine et Joeren Willems.
Cour d’honneur du Palais des Papes du 7 au 17 juillet
Cette pièce est véritablement un ovni théâtral et musical, qui a été très moyennement accueilli à Avignon. Créée sur place pour le festival, la scénographie s’est inspirée dans la cour du Palais des Papes. Revêtement de différents types de sols, tombes papales ça et là, petites niches de chaises, entrée d’immeuble ou encore mini crypte sont installées dans le fond de scène. A jardin un bout d’intérieur d’église avec un confessionnal, et derrière une piste d’atterrissage pour hélico. A cour de l’électroménager et un camion de transport de militaires, et au milieu une énorme machine à laver et une glacière coca cola. La plupart des fenêtres de la cour sont « refaites » en PVC blanc et des climatiseurs y pendent (enfin j’espère que c’est un décor… la façade étant classée !).
Voilà dans cet univers de petits bouts, semblant reconstituer plein d’espaces de rencontres, un groupe d’hommes et de femmes vont déambuler, chanter, se courir après, s’embrasser, rire, pleurer, boire, recréer l’univers religieux, ou pas. Une juxtaposition de moments les plus loufoques les uns que les autres, parfois proches de l’univers Monthy Python ou Deschiens, des chants classiques magnifiquement interprétés, des textes reprenant parfois l’histoire de la bible, ou purement accusateur de la vie dissolue des Papes… On est dans l’absurde, le poétique, le lyrique et parfois le burlesque. Parfois la situation est tellement ridicule, qu’on est à la limite de sentir qu’on se moque de nous… Mais n’en est-il pas de même avec le religieux en général ?
Et puis au détour de situations, on se prend à rêver sur la musique magnifiquement interprétée (un piano à queue à l’étage, très belle image entre les ogives gothiques) et chantée par les comédiens (Mozart, Bach, Liszt, Verdi, Wagner…) entre la mélancolie et la solitude, autres revers de la contemplation et beauté des œuvres créées pour Dieu. Et puis les comédiens se promènent d’étages en étages, l’espace est entièrement utilisé, ce que je trouve très intéressant. Les femmes montent jusqu’en haut des remparts et jettent des sandwichs aux hommes restés en bas… C’est de nouveau des images absurdes à interpréter. La religion nous nourrit ? Ou bien est-ce qu’aujourd’hui la nouvelle foi c’est la consommation ?

Ce qui impatiente les spectateurs, je pense c’est la disparité des saynètes qui peuvent lasser car elles sont toujours un peu dans la même veine et ne sont pas vraiment liées entre elles. Par exemple, à un moment ils reviennent en costumes médiévaux, ils sont visiblement saouls et titubent, ils vont dans le camion qui tente de démarrer sans succès, alors ils ressortent et retraversent l’espace dans l’autre sens. Au milieu du plateau, ils s’arrêtent pour chanter… C’est à chacun d’y voir le sens qu’il veut… Et puis le temps s’étire… le metteur en scène prend le temps, les comédiens l’utilisent et de longues minutes se passent sans qu’il ne bougent vraiment. Un hommes assis sur les bancs de l’église parle de ses mensonges, c’est Jesus. Un autre fait un discours à propos d’un caddie autour duquel tous prient, c’est Dieu… Les hommes revêtent des costumes de Papes, s’en amusent, puis les mettent à laver avant de plonger la tête dans le tambour de la machine…
Tout y passe, la sexualité refoulée ou carrément assouvie, la corruption, la décadence, l’intimité, autant de thèmes abordés en clins d’œils et de jeux simples. Autant de textes et d’auteurs mélangés, que de thèmes musicaux différents tissent le fond de cette création unique. Toutes les métaphores de la religion sont représentée et à chacun d’en tirer les ficelles. Jusqu’à la très bonne tirade d’Evelyne Didi, qui s’adresse à tous les Papes réunis en un, et lui dresse la liste de leurs méfaits au cours des siècles…
Malgré l’impatience et les gens qui sortent beaucoup pendant la pièce, j’ai vraiment aimé cette création. Il n’est pas courant finalement de mélanger autant d’ingrédients disparates avec cette dextérité, et d’utiliser cet espace avec autant d’ingéniosité et de finesse, tout en critiquant joyeusement la religion ou toute forme d’aveuglement. Quant à la lenteur, elle prend son sens dans une forme réflective de contemplation et permet aussi de mieux apprécier les enchaînements, de ne plus être que dans une forme de comique immédiat, mais permet de mesurer la gravité qu’il y a derrière le propos. Vrai pied de nez malgré tout, dans cette cour d’honneur qui abrita il y a quelques siècles, six pontificats…
Faites vous votre opinion :
A voir sur Arte TV + 7 ICI encore quelques jours

jeudi 15 juillet 2010
Avignon - Nordey - Richter
La vraie découverte de ce festival, à mon sens, mon coup de cœur, c’est cet opus « autofictionnel » de Falk Richter, admirablement mis en scène par Stanislas Nordey et porté par trois comédiens exceptionnels. Né d’une collaboration entre les deux metteurs en scène, ce texte n’a cessé de se modifier au cours des répétitions raconte Nordey. Au départ une sorte de journal intime d’un auteur de 40 ans, qui s’interroge sur sa vie, son enfance, la relation avec ses parents issus d’une génération bien particulière de la fin de la seconde guerre mondiale, sa création, son devenir…
Cela commence par une recherche de titre, Stanislas Nordey, porteur de la parole de Falk Richter, ou comment être dans la peau d’un semblable différent, 40 mn de monologue à bout de souffle, sur l’enfance, l’adolescence, ou l’horreur de la découverte des secrets d’une famille allemande… Et puis l’on s’interroge sur le souvenir, en quoi l’enfance nous constitue, ce que l’on laisse nous façonner, ce que l’on fuit définitivement, ce qui nous rattrape néanmoins… Tout fait écho, quelque soit notre âge ou nos origines, cette pensée parfois criée par un Nordey époustouflant d’énergie et d’abîme, vient frapper à notre porte.
Et puis cela s’enchaîne avec des « brouilleurs de pistes », deux autres comédiens rejoignent le plateau. Anne Tismer tout d’abord, la femme, les femmes, le regard bienveillant, ou l’échappée. Et Laurent Sauvage, la parole extérieure, d’un intérieur qui se regarde faire, parfois avec ironie, ou tristesse, ou encore impatience. Ils saisissent des micros et chacun à leur manière, témoignent. Nordey continue sur cet effet miroir du metteur en scène, qui semble questionner les deux autres comme autant d’interlocuteurs potentiels. Laurent Sauvage raconte, les lieux, les rencontres, les hôtels du bout du monde, la solitude du créateur, Anne Tismer mime, joue, imite les femmes qui passent, qui restent, ou que l’on rêve, ou le conférencier qui parle de « désamorcer la colère »… et puis la parole s’élargit « nous sommes tous des mutilés de guerre économique », devient cynique « tout cela est triste, atrocement solitaire et merdique ». Un film sur l’enfant est projeté et les trois comédiens se mettent à démonter le décor qui était fait de boîtes en métal. Ils les ouvrent et les déballent à la manière d’enfants dans un grenier, découvrant leur histoire. Des écrits, des objets envahissent le plateau, du petit électroménager des années 60… et puis de quoi se faire un barbecue, trois saucisses et une bonne bouteille, un peu comme pour dire que finalement tout cela n’est pas si grave. Une forme de pirouette, pied de nez à la bourgeoisie qui peut s’insinuer en nous malgré tout.
Après tant d’efforts, qui n’a pas envie de poser un peu ses bagages ? L’ouverture des « boîtes » peut se faire aussi joyeusement, comme fouiller dans sa mémoire peut aboutir à quelque chose de pacifié. C’est une pièce magnifique, un texte riche et drôle, ce qui m’avait manqué jusqu’à présent dans ce festival, une vraie écriture. C’est aussi un résultat extrêmement abouti, alors que tout s’est répété en trois semaines, le texte se modifiant au fur et à mesure. Peut-être parce que Richter a écrit pour ces comédiens là ? Peut-être parce que deux metteurs en scène sur un projet en resserrent les failles ? Ou parce qu’une parole juste, est porteuse de lumière ?
« Je voudrais que tu me dises que tout cela n’est pas de ma faute » demande « l’auteur » à la fin à la femme qu’il aime, ou celle qui la représente. Une histoire de culpabilité, une volonté de digérer son histoire et d’en ressortir avec le meilleur, une responsabilité ensuite d’être en ce monde et de vouloir y porter un message.
A courir voir en reprise !
Reprise aux Quartiers d’Ivry en Décembre 2010 et ensuite en tournée en France et Belgique en 2011
un extrait (texte de Büchner) : ICI
arte : ICI d'autres extraits
samedi 10 juillet 2010
Avignon - Lambert-Wild
Une femme s’assoit dans un fauteuil et nous lit une histoire. Sur le plateau défilent des images filmées sur un écran et derrière des scènes se déroulent en écho à ce film. C’est une légende racontée par son narrateur. Un fils de roi, qui règne sur une île, narre sa naissance, son adolescence et son mysticisme. Pendant ce temps un homme en pyjama arpente la plage avec son fils sur le film et puis est fait comme prisonnier par un homme peint en noir. Sur le plateau ce même homme en pyjama entre et sort part des portes qui s’ouvrent et se ferment…
Abondance d'images qui se succèdent. L'homme a le visage peint en rouge, et sur le film les yeux bandés. L'imaginaire mis à profit doit pouvoir interpréter les nombreuses références. On parle de la mort du père, de celui de Dieu, de la perte des repères, du besoin de culte et de mysticisme. La présence très forte de la nature et les déambulations sur la terre natale de l'auteur, l'île de la Réunion, renforce l'intensité du retour aux sources, à la mère, et à la violence de ce que l'on ne maîtrise pas. Les portes et les entrées et sorties comme autant de chemins possibles pour l'homme qui se perd. Sa position d'esclave ou encore sa soumission à sa destinée...
Le texte raconte le Dieu Adam, forme de taureau blanc géant, minotaure gentil et obèse, qui protège sa population qui l’adule. L’écriture est extrêmement précieuse, parsemée de mots compliqués, et pompeux qu'il est difficile à suivre parfois. J’avoue avoir du mal à m’intéresser à cet enchevêtrement de couches, qui finissent par nous perdre de par trop d’images et de sous-titres, sous-entendus obscurs. Une scène finale rappelant « la Cène » se propose de manger le Dieu Adam, et l’homme au pyjama se voit couper la tête, mangée à son tour par son double…
C’est un mélange entre art contemporain et théâtre, comme Gisèle Vienne, ou la musique plonge dans un univers glauque et saisissant. Mais autant le système art contemporain obscur et « poétique » me laisse indifférente chez Vienne, autant ici, il me semble animé par une sincérité qui est tout sauf mondaine. La pièce est obscure mais honnête et la parole délayée dans une chantilly de mots alambiqués, repose sur des préceptes réels de pensées sur le rapport à la déité ou au culte, païen ou parental. Dommage que tout cela se dissolve dans des directions multiples qui nous égarent. Là où Vienne me semble noyer un propos pauvre dans une surabondance d’effets, Lambert-Wild fait le contraire et son message sans doute passionnant ne m’est pas totalement parvenu faute d'un peu plus de simplicité peut être…
vendredi 9 juillet 2010
Avignon - Lagarde - Cadiot
A l’origine un roman, plus tard une chanson de Rodolphe Burger, et maintenant une pièce, « Un nid pour quoi faire » adaptée par Lagarde en collaboration avec Cadiot, est assez réussie, dynamique et drôle.
Un immense loft style chalet de montagne est recréé sur le plateau, un écran géant remplace le mur du fond. Vidéo de neige et de montagne, parcours de routes, exil, des images projetées, entre les souvenirs, l’imagination et la fenêtre ouverte du loft. Et c’est parti au pas de course et en musique les comédiens investissent l’espace. Une cour royale en exil, un roi en tête, cherche à redorer son blason aux yeux du monde, et « brainstorme » sur une communication efficace. Un nouveau venu est recruté pour apporter des idées. Cour baroque, loufoque, déjantée comme devait l’être celle des rois décadents, inoccupée et trouvant des jeux les plus ridicules ou cruels les uns des autres. Et puis en fond, cette voix off qui est celle du « petit nouveau » observant ces personnages singuliers, clins d'oeil à certains travers de notre société ? : le médecin M. Bouboules (« les petites boules de minéraux tous les matins »), Goethe l’intendante et coach de tout le monde (exceptionnelle Valérie Dashwood), la marquise et la dauphine, le poète (appelé Bossuet) qui commet des aikus aussi pauvres les uns que les autres, le Prince qui désole son roi, et une cuisinière… Tout ce petit monde couche ensemble à ses heures, se chamaille sans cesse, dit beaucoup d’âneries, fait de son mieux pour divertir un roi blasé, las et fat de sa personne, qui finira par jeter l’éponge. Bien sûr des dizaines de parallèles à notre « royauté » actuelle se font dans nos têtes au cours du spectacle, même si ce n’est jamais évoqué clairement. De même le ridicule de la « communication » à outrance et de l’univers de la pub sont mis à mal de manière fort savoureuse. Ou comment discrètement, se moquer des « pubeux », prêts à tout pour faire passer des messages, quitte à être complètement excessifs et en dehors des réalités. Bref le règne du superficiel, du zapping, dès que l'on s'ennuie on cherche une nouvelle distraction... Société médiatique et qui n'existe pas sans communication efficace ?
Nous voilà revenus au temps ou Molière singeait ses contemporains avec beaucoup de finesse, n'est-ce pas ?
Les passages en voix off sont plus poétiques et réflectifs, et contrastent avec le dynamisme des scènes. « Respiration » intéressante, même si je n’ai pas été transcendée par l’écriture…
Une bonne pièce, de très bons comédiens, je n’aurais peut-être qu’un regret, que ça ne soit pas légèrement plus trash, car finalement pour ce que cela « dénonce », l’ensemble reste assez « sage ». Alors de quel nid s’agit-il finalement ? Le refuge, le lieu où l’on s’échappe de tout, apparaît ici plutôt mortifère, et illusoire, comme un eldorado dont finalement on essaye de partir à tout prix. Et surtout pour quoi faire ? Car qui peut échapper à son environnement ? Et l'on se prend à rêver d'en trouver un...
Reprise en octobre au théâtre de la ville à Paris
des extraits vidéos ICI

Avignon - Vienne
lundi 5 juillet 2010
Rencontre Blogueurs au théâtre de Gennevilliers avec Pascal Rambert

Toujours dans l’esprit de présenter des artistes contemporains, vivants, des «artistes entiers» la saison prochaine restera dans la continuité des «spectacles difficiles». C’est à dire pas forcément pré-mâchés mais pour peu qu’on s’y attarde, totalement accessibles à la sensation. Pascal Rambert aime bien travailler sur des projets spécifiques avec des artistes qu’il admire, et depuis le début de son directorat, seul Hubert Colas et Jan Fabre n’ont pas encore été à l’affiche. Ceci sera réparé en saison 11-12 si les agendas le permettent.