lundi 12 décembre 2011

Golgotha Picnic - Garcia



Création de Rodrigo Garcia
avec Gonzalo Cunill, Marino Formenti, Nuria Lloansi, Juan Loriente, Juan Navarro, Jean-Benoit Ugeux
Musique Joseph Haydn
Théâtre du Rond Point jusqu'au 17 décembre 2011

Bien sûr ces temps derniers, beaucoup de bruit a été fait autour de cette création ainsi que de celle de Castellucci au Châtelet, à cause des réactions des catholiques intégristes. Il est vrai qu'il est difficile donc de juger la pièce en dehors de cette actualité. Lorsqu'on arrive au théâtre du Rond Point on est forcément estomaqué par le dispositif policier mis en place. Il est nécessaire de franchir 4 barrages avant de rentrer en salle, fouille au corps, détecteur de métal... On se croirait à l'aéroport. A mon sens c'est triste d'en arriver là. Qu'en 2011 on en soit encore avoir recours à la police pour permettre à une oeuvre de s'exprimer. Quelques semaines après l'attentat dont a été victime Charlie Hebdo pour sa couverture provocante certes, mais surtout humoristique, on sent vraiment une ambiance inadmissible autour de la liberté d'expression et le sujet qui n'en fini pas d'être tabou, les croyances. C'est un véritable sujet de réflexion, alors que nous sommes dans un monde de plus en plus matérialiste, il est toujours aussi compliqué de toucher à la religion. Comme quoi...

Ainsi la création de Rodrigo Garcia commence par un texte d'excuses : "J'ai honte de présenter un spectacle sous la protection d'un tel dispositif" nous dit l'auteur... La salle applaudit. La comédienne commence par une liste d'horreurs que l'humain fait à l'humain depuis la nuit des temps, et là encore cela fait entre autres écho à celles prodiguées par les guerres de religions. Le plateau est recouvert de pain à hamburger, la multiplication des pains d'aujourd'hui ! Le ton est donné, c'est une pièce vraiment drôle et ironique, grinçante à souhait qui se déroule. Le ton habituel de Rodrigo Garcia, une critique de la société, des pires aspects de l'homme mais aussi de son extrême folie créatrice parfois et surtout de son regard malicieux qui peut le sauver, sa capacité justement à s'amuser de tout même du pire. Il est question de Jesus en effet, sous différentes formes, des images plus ou moins caricaturales, extravagantes, provocantes... Mais toujours drôles et surtout, pour peu qu'on y jette un regard concerné, jamais gratuites et empreintes de tendresse aussi. Comme l'on ne critique jamais tant que ceux qu'on aime. La satyre d'un Jesus arnaqueur et flemmard est bien entendu à prendre au second degré (exemple : "sur des millions de gens, il n'y en a que 12 qui l'ont suivi..! ou encore "Argent pourquoi m'as-tu abandonné ?" C'est presque drôle comme une blague).

Bien sûr il y a de la nudité, des hommes habillés en femme, et une femme déguisée en Jesus, de l'alcool... Un ange déchu qui saute en parachute... Très belle image d'ailleurs. Des êtres qui pourraient être des anges ou des humains ou des Dieux, pic-niquent, palabrent, délirent, racontent... Font des échafaudages de pain avec des vers, se déguisent, se clouent sur des croix, dansent... Boivent, jouent de la musique... vivent en somme, sur le plateau. Mon avis est qu'il faut vraiment manquer d'humour pour voir une attaque frontale de Jesus ou de la chrétienté ou encore de Dieu, mais plutôt un regard sur ce message transmis depuis la nuit des temps. De toute façon il est questionnant de voir que l'on ne peut pas se moquer de la religion, alors que l'on n'hésite pas à se moquer de tout le reste. La création que j'ai faite à l'Etoile du Nord où j'étais moi-même Christ aux seins nus, déclamant le texte d'une prostituée battue, était à mon avis bien plus provocante que ce Golgota Picnic si drôle et satirique (heureusement que je n'ai pas la notoriété de Garcia, j'aurais sans doute été attaquée aussi... mais c'est resté bien confidentiel !).

Au cours de la pièce, Garcia présente des oeuvres d'art, des fresques ou peintures saintes et nous fait visiter le regard de l'homme sur ses croyances. Au final "Les sept dernières paroles du Christ sur la croix" de Haydn sont jouées au piano, instant délicieux qui donne la parole à la non parole, qui réconcilie l'homme, le public, le Christ et la création, qu'elle soit humaine ou divine, dommage que les plus concernés ne soient pas justement présents pour y réfléchir avec nous.

A voir ce n'est pas complet, ou à acheter, le texte est publié chez Les Solitaires Intempestifs
et un article ici sur le blog Chronique du RER B qui résume bien aussi ma pensée : ICI

samedi 10 décembre 2011

Coeur Ténébreux - Conrad - De Pauw - Cassiers


D'après "Au coeur des Ténèbres" de Joseph Conrad, adaptation et jeu Josse De Pauw
Mise en scène Guy Cassiers
Scénographie Guy Cassiers, Enrico Bagnoli, Arjen Klerkx
au théâtre de la Ville à Châtelet jusqu'au 11 décembre

Un plateau nu et d'immenses panneaux de bois en fond, qui se meuvent et reçoivent les couleurs vives de vidéos projetées ; c'est une très belle scénographie qui nous accueille dans les premières minutes de ce spectacle. Un homme avance, et nous relate son voyage. L'Afrique peut être, l'Amazonie... Nous nous laissons guider au gré de ses souvenirs.

Puis nous comprenons qu'il s'agit de l'Afrique, du temps des colonies. Le texte est d'une grande beauté, ciselé, précis, si littéraire, il s'entrechoque avec la violence de l'endroit décrit. Le personnage principal joué par Josse De Pauw remonte un fleuve pour aller chercher un homme, quelqu'un d'illustre, quelqu'un dont la pensée a fasciné tant ceux qui l'ont connu. Ici Guy Cassiers et le comédien ont monté un savant jeu de mélange entre l'acteur sur le plateau et les vidéos projetées sur les panneaux de bois. Tous les personnages sont joués par Josse de Pauw, et il se répond à lui même par le biais des projections. Comme un monologue intérieur, une rêverie, ou encore comme dans nos souvenirs, où nous sommes ceux que nous avons rencontrés. Le résultat est magnifique, les panneaux de bois pivotent, le comédien parle, la vidéo répond et se confond avec le comédien qui par un effet de superposition semble être dans la même pièce.

C'est un très beau moment de théâtre avec un texte qui nous fait réfléchir sur la colonisation et ce que l'Europe devient aujourd'hui, dans les suites directes de cette époque. En cette période trouble cela fait particulièrement écho, et les artistes du théâtre Belge d'Anvers Cassiers et De Pauw nous rappellent ici le devoir de mémoire. Nous sommes transportés par les images violentes et crues, ou par la beauté des paysages sauvages qui nous sont transmis par le biais d'un texte d'une telle qualité. Cela donne envie de lire les livres de Conrad si ce n'est déjà fait.

Je regrette juste une forme de monotonie dans la diction du comédien remarquable cependant de précision et de simplicité. On sent un amour profond des mots et pour ce texte qu'il a adapté et que Cassiers met en scène ici.
A voir rapidement ce joue jusqu'au 11 décembre uniquement.


lundi 28 novembre 2011

Bullet Park - Cheever - Les Possédés


d'après "Bullet Park" de John Cheever, mise en scène Rodolphe Dana

avec David Clavel, Françoise Gazio, Katja Hunsinger, Antoine Kahan, Nadir Legrand, Christophe Paou et Marie-Hélène Roig

au Théâtre de la Bastille jusqu'au 22 décembre 2011


La littérature américaine des années 60 est très inspirante. Je pense à John Fante, à Faulkner, Hemingway, Steinbeck, T. Williams, Capote, Miller, Salinger, Hubert Selby Jr, et j'en passe... Et l'on retrouve saupoudrée cette ambiance si particulière de la famille qui essaye d'être modèle, dans l'oeuvre de Cheever mise en scène par Rodolphe Dana. Ici se croisent deux couples, qui tentent de vivre tranquillement dans cette amérique de banlieue confortable. Paul et sa femme Marietta qui frise la douce folie de la femme au foyer sans enfant qui s'ennuie, découvrent leurs voisins Eliott et Nellie et leur fils Tony. Chacun se débrouille avec ses peurs et ses espoirs, son quotidien et son besoin d'équilibre. Le fils Tony tente de grandir et de se forger une personnalité dans cette amérique bien pensante, ce qui le mènera dans l'impasse de la dépression. Tandis que l'on découvrira que chez les plus propres d'apparence, peut se cacher les pires intentions.


Comme souvent dans cette littérature américaine, le désespoir n'est jamais loin et il tutoie la folie, la titille et l'appel de ses voeux. Chacun des personnages semble au bord de verser dans quelque chose d'incontrôlable. C'est une réflexion sur la folie ordinaire bien sûr, le désir de se conformer à la société, et peut être ne pas y arriver autrement qu'en surface. Finalement le meurtre n'est pas loin, la dépression non plus, et le sage est celui qui sort du conformisme.


Le collectif des Possédés qui travaille souvent sur ce "vivre ensemble", suivant les époques et les lieux, rassemble ici encore le souhait de partager les errances et les combats de chacun, dans une société qui, quelle qu'elle soit, comporte des codes qui peuvent être à l'encontre du vivant. Une belle piste de réflexion, même si cet opus n'est pas dans mes préférés. Le jeu étant toujours d'une grande qualité, m'a semblé pour une fois manquer de naturel et de rythme.

Collectif à suivre néanmoins.

photo Raphaël Pierre

lundi 7 novembre 2011

Au moins j'aurai laissé un beau cadavre - Macaigne


d'après Hamlet

Écriture, mise en scène, conception visuelle et scénographique Vincent Macaigne
Scénographie Benjamin Hautin et Julien Peissel

Avec Samuel Achache, Laure Calamy, Jean-Charles Clichet, Julie Lesgages, Emmanuel Matte, Rodolphe Poulain, Pascal Reneric, Sylvain Sounier

Au théâtre de Chaillot jusqu'au 11 novembre


Ce n'est rien dévoiler que de dire que dès l'entrée en salle, nous sommes pris par une ambiance de folie, animée par un comédien, transformé en G.O. pour l'occasion. Tout le monde doit se lever, tendre les bras, répéter les paroles d'une chanson, faire du bruit... C'est la grande hilarité et la présence de scolaires n'y est sans doute pas pour rien. Certains ne jouent pas le jeu, boudent en faisant une moue d'intellectuels impatientés, ou encore attendent juste timidement en souriant un peu amusés malgré tout. Mais heureusement pour le théâtre vivant, l'action que l'on pourrait juger comme voulant se mettre facilement le public dans la poche (et quand bien même c'est plutôt une tentative intéressante) fait que la plupart participent, cela nous permet de rentrer dans la pièce d'une manière assez efficace. Cela démarre donc sur les chapeaux de roues, la fluidité de l'échange public / comédien étant installée, le naturel de ces derniers n'en parait que renforcé.


Un texte complètement adapté à notre époque, là il peut y avoir débat sur la nécessité, rebondit au rythme des interventions. C'est un Hamlet très en colère, d'ailleurs tous les personnages passent la quasi totale première partie hors d'eux, à s'engueuler les uns les autres. C'est très acide et drôle, bouffon, loufoque, presque trop, on en perd le texte parfois tellement ça crie... mais on est quand même pris et parfois interpellés par leurs colères : "Hamlet, tu n'es qu'un enfant gâté dépressif !" hurle Claudius déguisé en banane... Rien ne nous est épargné, la drogue, le sexe, le bruit, le ridicule... Les comédiens déboulent de partout, interpellent le public, continuent à nous faire lever... On ne sait plus où en donner de la tête, c'est plein de tentatives en tous genres et c'est courageux.


Chaque scène est une trouvaille de mise en scène, avec toujours beaucoup d'humour et en même temps un vrai tragique humain et démesuré. Concernant l'histoire, rien n'est trahi et tout semble accessible sans pour autant être simple. Tous les registres y passent, le grossier, le vulgaire, le dément... Mais à une grande vitesse donc on enchaîne. On pourra trouver ce travail démago, bruyant, non sans rappeler le Hamlet d'Ostermeier qui travaillait aussi le registre du burlesque. Une mise en scène originale sans l'être, le théâtre osé et animé par la profusion est en vogue en ce moment, une envie collégiale de faire bouger les choses ou tout simplement de continuer à le faire vivre, du théâtre populaire au noble sens du terme en tous cas.

Je conseillerais cette pièce aux personnes un peu dégoûtées du théâtre et notamment des classiques, cela les réconciliera peut être avec le genre... "au moins j'aurais laissé un bon souvenir".






samedi 1 octobre 2011

Clôture de l'amour - Pascal Rambert

Vous trouverez ICI le web documentaire que j'ai réalisé sur la création de Pascal Rambert "Clôture de l'amour" qui se jouera du 30 septembre au 22 octobre 2011 au théâtre de Gennevilliers, avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet.

lundi 26 septembre 2011

Quelques recommandations théâtre saison 11/12

Voilà que toutes les saisons sont annoncées, pour les théâtres publics, je propose ici quelques pièces qui me tentent, bien sûr ce n'est pas du tout exhaustif et pourra à tout moment être modifié... ! Mais pour préparer ses abonnements cela peut être utile.

Je commence avec mon chouchou :

Le théâtre de Gennevilliers :

- Bien sûr la dernière création de Pascal Rambert "Clôture de l'Amour", déjà parce que cela me tente de découvrir son écriture, et que j'aime beaucoup Stanislas Nordey qui se distingue particulièrement depuis quelques temps comme comédien. Ce spectacle sera présenté à Avignon cette année du 17 au 24 juillet.
du 30 sept au 22 octobre

- "Le vrai Spectacle" de Joris Lacoste, basé sur l'hypnose de spectateurs, cela peut être une expérience, et j'aime bien les tentatives de ce metteur en scène singulier qui cherche autour du langage de l'humain.
du 9 au 19 novembre

- Un spectacle créé par Hubert Colas "Tout est bruit pour celui qui a peur" autour du sentiment d'insécurité, ses spectacles sont toujours de grands moments de mise en scène et il sait choisir de très bon comédiens.
du 12 au 28 janvier 12

- Et enfin mes petits Chiens de Navarre qui sont à voir et à revoir pour ceux qui ne les connaissent pas encore, dans leur prochaine création pour le moment encore dans les tuyaux de leurs cerveaux, mais à gager que cela sera encore un grand moment de théâtre vivant, drôle et contemporain...
du 27 mars au 12 avril 12


Un théâtre qui a une très belle saison 11/12 avec un florilège de pièces : Le théâtre du Rond Point

- "Oncle Gourdin" un travail de Sophie Perez et Xavier Boussiron, dont il est toujours intéressant de voir les créations, si l'on s'intéresse au théâtre contemporain et à une manière singulière de le voir.
du 8 septembre au 8 octobre

- Reprise de "La Loi du Marcheur" (mon article ICI) très très bon moment sur les déambulations mentales de Serge Daney, avec Nicolas Bouchaud et mis en scène par Eric Didry.
du 29 novembre au 31 décembre

- "Golgota Picnic" la dernière création de Rodrigo Garcia, qui me rend curieuse même si jusqu'à présent je n'ai aimé qu'un spectacle sur deux de lui, très politique et poétique à la fois, parfois je trouve qu'il verse dans le facile. A voir malgré tout, c'est toujours bon de se faire une opinion.
du 8 au 17 décembre

- "El ano de Ricardo" d'Angelica Liddell dont j'avais raté à Avignon l'an passé la création et que tout le monde traitait de génie après avoir vu son "La caza de la Fuerza" qui sera repris à Odéon d'ailleurs. Cette metteur en scène espagnole a l'air de décoiffer sévère d'audace et de fraîcheur...!
du 12 au 29 janvier 12

- "La Confusion" de Marie Nimier mise en scène par Karelle Prugnaud. J'aime beaucoup le travail encore discret de cette metteur en scène très plastique, qui associe audace et couleurs, animalité et corps, du burlesque au sens noble du terme, à ne pas rater.
du 7 mars au 7 avril 12

- "Je m'occupe de vous personnellement" une création d'Yves-Noël Genod, je n'ai pas beaucoup d'infos mais j'espère qu'il jouera dedans. Son univers est toujours un grand moment de plaisir des sens et des méninges, surtout lorsqu'il en fait partie, pour nous décrire le monde tel qu'il le voit. Un créateur unique à ne pas manquer.
du 31 mai au 24 juin 12

- Et enfin last but not least, la reprise de "My Secret Garden" de Falk Richter et de et avec Stanislas Nordey (article ICI) une des pièces les plus modernes et envoûtante de l'année passée.
du 7 au 24 juin 12

A l'Odéon pour la dernière saison d'Olivier PY (soi disant pas assez Européenne ????) :

- "La Dame au Camélias" de Dumas mis en scène par Frank Castorf, un metteur en scène allemand que je ne connais pas encore et dont j'entends toujours parler en bien, dont il me tarde de voir le travail assez fou furieux et dans la profusion il me semble...
du 7 janv au 4 fev 12

- "Les souffrances de Job" de Hanokh Levin mis en scène par Laurent Brethome, que j'ai vu l'an passé au festival Impatience, je n'avais pas écrit faute de temps mais j'ai adoré l'audace et la richesse de cette mise en scène qui m'a enfin fait aimer et comprendre cet auteur que souvent l'on monte de travers et du coup que l'on a du mal à appréhender. A voir absolument !
du 19 au 28 janvier 12

- "Bloed and Rozen" de Tom Lanoye, mis en scène de Guy Cassiers, juste pour voir le travail de ce Hollandais qui est souvent critiqué... Cela m'intrigue.
du 8 au 12 février 12 (c'est court !)

- "La caza de la Fuerza" d'Angelica Liddell, de l'espagne donc... (voir plus haut)
du 23 au 28 mars 12 (c'est court aussi mais pas la pièce qui dure 5h)

- "Maß für maß" (mesure pour mesure) de Shakespeare, mis en scène par Thomas Ostermeier qui est l'un de mes metteurs en scène favoris allemands, l'un des rares à savoir monter Shakespeare de manière contemporaine sans le trahir, sans non plus perdre de vue la capacité de l'auteur à être autant dramatique que drôle parfois. A noter que les comédiens sont TOUS excellents dans ses mises en scènes... Une bonne leçon de théâtre...
du 4 au 14 avril 12

- Reprise de "Cercles / Fictions" et de "Ma chambre froide" de Joël Pommerat, séance de rattrapage donc pour ceux qui les ont raté l'an passé. (article ICI)
du 23 mai au 24 juin 12

La Colline :

- "La salle d'attente" de Lars Noren, mise en scène de Krystian Lupa, pour découvrir Lupa...
du 7 janvier au 4 fev 12

- "Se trouver" de Luigi Pirandello, mise en scène de Stanislas Nordey, parce que je trouve que le travail de Nordey est interessant, en maîtrise parfaite de la frontalité et de ce fait en transmission du texte efficace.
du 6 mars au 14 avril 12

Le théâtre National de Chaillot nous propose encore cette année beaucoup de danse, mais il y a aussi :

- "Au moins j'aurais laissé un beau cadavre" de Shakespeare, mise en scène Vincent Macaigne, pour découvrir son travail que je ne connais pas et qui est très contemporain parait-il.
du 2 au 11 novembre 11

- "Contes Africains" d'après Shakespeare, mise en scène de Krysztof Warlikowski, pour l'ingéniosité et la profusion de ce metteur en scène polonais à connaître.
du 16 au 23 mars 12

- "Temps" de et mis en scène par Wajdi Mouawad. En tant que grosse fane de cet auteur, j'attends ce moment avec impatience, puisque cette année je suis privée d'Avignon, où cette création sera présentée. Avis aux amateurs de théâtre épique contemporain !
du 15 au 25 mai 12

A l'Athénée toujours de la musique et puis :

- "Les larmes amères de Petra Von Kant" de Rainer Fassbinder, mise en scène de Philippe Calvario, pour le texte.
du 22 mai au 9 juin

Au théâtre de la Ville :

- "+/- 0" de Christoph Marthaler que j'ai littéralement adoré à Avignon l'an passé dans son génial Papperlapape (article ICI) j'ai hâte de voir sa dernière oeuvre.
du 16 au 24 sept 11

- "Sul concetto di volto nel figlio di Dio" une création de Roméo Castellucci. Pareil pour découvrir son travail apparemment particulier...
du 20 au 29 octobre 11

- "Lulu" de Wedekind par le Berliner ensemble et Lou Reed, une pièce exceptionnel, une troupe exceptionnelle, un musicien exceptionnel... mise en scène Robert Wilson que dire ?
du 4 au 12 novembre 11

- "Toneelhuis d'Anvers" de Josse de Pauw, mise en scène Guy Cassiers, voir plus haut.
du 6 au 10 décembre 11 (c'est court !)

Voilà pour le moment. A rajouter La Bastille dont je n'ai pas encore le programme, mais avec un Jean-Michel Rabeux j'ai ouïe dire... et La Ménagerie de Verre toujours très intéressante... et autres...

Si certains théâtres veulent m'inviter sur ces pièces, qu'ils n'hésitent pas !!


jeudi 30 juin 2011

Recommandations Avignon 2011

Voici quelques recommandations pour le Festival (attention je vais peut-être en rajouter au fur et à mesure...) :

IN :

"Clôture de l'Amour" écrit et mis en scène Pascal Rambert
avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet
du 17 au 24 juillet à 18h Salle Benoît XII
Une très belle pièce sur la fin d'un amour, deux acteurs remarquables.

"L'indestructible Madame Richard Wagner" écrit et mis en scène par Christophe Fiat
avec Clémentine Baert, Martine de Missolz, Florence Janas, Laurent Sauvage et Laure Wolf
du 18 au 24 juillet à 18h30 au Tinel de la Chartreuse à Villeneuve lez Avignon
Un spectacle que j'ai adoré à Gennevilliers, pas eu le temps de le chroniquer malheureusement mais il vaut le détour. La vie de Mme Richard Wagner et de sa descendance, jouée et portée par des comédiennes incroyables et une énergie toute musicale. A voir !

Des idées de spectacles que je n'ai pas vus mais qui sont tentants :

"Des Femmes" d'après Sophocle, mise en scène Wajdi Mouawad
avec Pierre Ascaride, Olivier Constant, Sylvie Drapeau, Bernard Falaise, Charlotte Farcet, Raoul Fernandez, Pascal Humbert, Patrick Le Mauff, Sara Llorca, Alexander MacSween, Marie-Eve Perron et Emmanuel Schwartz
du 20 au 25 juillet à 21h30 à la Carrière de Boulbon

"Oncle Gourdin" de Sophie Perez et Xavier Boussiron
avec Marie-Pierre Brébant, Gilles Gaston-Dreyfus, Françoise Klein, Sophie Lenoir, Stephane Roger et Marlène Saldana
du 12 au 17 juillet horaires variables au Gymnase du Lycée Mistral

"Au moins j'aurai laissé un beau cadavre" d'après Hamlet de Shakespeare mise en scène Vincent Macaigne
avec Laure Calamy, jean-Charles Clichet, Sébastien Eveno, Thibault Lacroix, Julie Lesgages, Emmanuel Matte, Rodolphe Poulain, Pascal Rénéric et Sylvain Sounier
du 9 au 19 juillet à 21h30 au Cloître des Carmes

Il y aura aussi un Castellucci, un Cassiers et un Chéreau...

Voilà pour le In et en

OFF

"La belle de Cadiz" écrit et mis en scène par Mohamed Rouabhi
avec Claire Nebout
du 8 au 26 juillet à 14h10 au Chien qui fume (04 90 85 25 87)

"Rapport sur Moi" de Grégoire Bouillier, mise en scène Anne Bouvier
avec Michael Chirinian
du 8 au 31 juillet au théâtre les Ateliers d'Amphoux (04 90 86 17 12)
article ICI

"C'est la faute à Rabelais" écrit par Eugène Durif, mise en scène Jean-Louis Hourdin
avec Eugène Durif et Pierre-Jules Billon
du 7 au 29 juillet à 16h30 au Théâtre des Halles (04 90 85 52 57)

"Horovitz mis en pièces" courtes pièces d'Israël Horovitz, mise en scène Léa-Marie Saint-Germain
avec Nathalie Bernas, Mathilde Bourbin, Laura Chétrit, Lea-Marie Saint-Germain, Pierre-Edouard Bellanca, Aurélien Gouas, Pierre Khorsand et Arnaud Perron
du 8 au 31 juillet à 22h30 au théâtre du Bourg Neuf (04 90 85 17 90)

jeudi 23 juin 2011

Les Possédés au théâtre de la Bastille


Planète

Texte d’Evguéni Grichkovets, mise en scène de David Clavel et Nadir Legrand avec David Clavel et Marie-Hélène Roig

Loin d’eux

Texte de Laurent Mauvignier, mise en scène de David Clavel et Rodolphe Dana, avec Rodolphe Dana


Collectif Les Possédés

Théâtre de la Bastille, du 6 juin au 1 juillet 2011


Le premier texte, la première ambiance, à 19h30, est citadine. Un homme observe une femme chez elle par sa fenêtre et il s'interroge. Sur sa vie à elle bien sûr mais aussi sur son regard à lui, sur la probabilité que deux êtres se croisent, se parlent, se comprennent, s'aiment dans la ville. Tout au long de ce texte la femme évoluera dans son espace et lui égrainera son questionnement, son désarroi face à ce que l'on pourrait appeler "l'ultra moderne solitude".


C'est remarquablement bien joué comme toujours, les comédiens et metteurs en scène du collectif Les Possédés ont compris quelque chose de la transmission aux spectateurs, du parlé direct qui ne s'embarrasse pas de protocole, une main tendue à notre intelligence et à notre sensibilité. Cela nous permet d'entrer dans le propos et de suivre ce qu'ils veulent nous offrir, de se sentir inclus.


Cette courte pièce un peu triste est suivie à 21h dans la grande salle par un monologue tirés du roman "Loin d'eux" de Laurent Mauvignier. Un jeune homme se suicide et tour à tour ses proches, puis lui-même, prennent la parole et s'expriment en toute pudeur sur cette disparition. Un texte extrêmement poignant qui reste toujours dans la dignité, sur l'incompréhension mutuelle au sein d'une famille, sur les écarts entre les générations ou les univers qui peuvent coexister sans se rencontrer. Là encore Rodolphe Dana qui fait tous les personnages les uns après les autres, est magistral. Une grande interprétation toute en finesse et en douceur, avec au fond le vrai désespoir que comporte cette situation. Un véritable talent autour d'un texte d'une grande beauté.

Ce que j'aime particulièrement dans ce collectif qui sait aussi bien manier les classiques comme Tchekhov (remarquable Oncle Vania il y a deux saisons à la Bastille), comme des textes épiques (Merlin l'an passé à la Colline) ou encore ici avec deux textes contemporains et sombres, c'est leur simplicité dans la transmission. Bien sûr cette apparente simplicité demande énormément de travail, mais on sent qu'ils souhaitent avant tout se rapprocher du spectateur et rendre le théâtre à son rôle, pour moi essentiel, de messager. Cette proximité est vraiment à aller rencontrer au théâtre de la Bastille et à suivre à chaque fois que les Possédés passent.


Ancien article :

LIEN ici pour ONCLE VANIA

dimanche 12 juin 2011

KOLIK - Goetz - Colas

photo Sylvain Couzinet-Jacques

de Rainald Goetz, mise en scène Hubert Colas
avec Thierry Raynaud
à la Ménagerie de Verre jusqu'au 18 juin

La sobriété délicate et toujours surprenante de la scénographie d'Hubert Colas, nous invite cette fois dans un espace noir, au milieu duquel trône une table, un micro et Thierry Raynaud face à une centaine de verre à shots. Plus tard lorsque nos yeux seront habitués à l'obscurité, nous devinerons son ombre blanche projetée dans le lointain. Inverse de l'ombre, la part blanche qui se révèle...

Thierry Raynaud va se livrer là, au fil des mots et des délires de l'auteur Rainald Goetz, à une véritable performance de comédien, que tout amoureux du théâtre se devrait de venir voir. Le texte tout d'abord qui semble être un enchevêtrement de pensées soliloques, qui se suivent malgré tout dans un discours presque auto adressé, de celui que l'on se tient dans certaines mises au point qui virent au bilan de vie et rejoignent la philosophie. Ce texte contemporain et mordant qui crie, qui râcle, qui tord les mains, qui souffre et rit aussi de soi...

Plus les mots sortent, plus l'acteur se vide de sa noire humeur plus il se remplit de ces verres qu'il ingurgite "too shuss" d'un coup comme on se tirerait une balle. Echo à Goetz qui est aussi un performer (il a notamment lu un de ses textes en se tailladant au rasoir en même temps). C'est une performance que d'avaler tout ce liquide, mot après mot, une idée, un verre, un cri, un verre, une terreur, un verre... Au mot près.

Goetz le Berlinois qui a cotoyé de près la folie puisque docteur en psychiatrie, semble nous livrer ici les ultimes instant d'un retour sur soi même avec au fond l'envie de trouver une raison de vivre, sans y arriver. La mort rode dans ce texte, la merde, la crasse, la vie de chien... Une dissection du cerveau n'est jamais loin, et la vérité de l'ivresse qui pousse aux pires constats et actes. Tout y passe, l'air de rien, l'oppression, la discipline, l'éveil, la musique, la lumière, le calcul, connaître le monde, le doute, la pensée, le mensonge, la vie, la mort, l'être, le désespoir. Cela pourrait être le discours contemporain d'Hamlet. Alors pourquoi ce micro ? Peut être le metteur en scène a voulu brouiller les pistes d'un discours qui serait entendu, et non répété pour soi.

Le rythme se fait, le noir, aussi, on est presque dans une chanson, une litanie, on attend incrédule, on remarque forcément les nuances de jeu de ce comédien hallucinant qui est capable de distinguer chaque mot, chaque intention. "On boit un coup ? Ca venge"... voilà un homme qui noie son désespoir dans l'alcool ou bien sa trop grande clairevoyance, ou juste sa fatigue... Il ne cherche même plus à refaire le monde, mais à voir s'il reste quelque chose qui pourrait l'y retenir. C'est infini ce que l'on pourrait tirer de ce texte et chacun sans doute y puisera ses propres grilles de lecture. Une mise en scène et un jeu étonnamment sobres et fins pour un sujet qui aurait pu ne pas l'être, une délicatesse et un ciselage de présentation.

Il faut aller voir ce travail remarquable à tous points de vue et suivre comme je le fais maintenant depuis quelques années, Thierry Raynaud et Hubert Colas qui me semblent incontournables dans la scène théâtrale contemporaine.

jeudi 12 mai 2011

A vos agendas ! Programme du Festival d'Automne 2011

Théâtre (mes recommandations en ***)

***Christophe Marthaler - ± 0 / Théâtre de la Ville

Richard Maxwell - Neutral Hero / Centre Pompidou / Théâtre de l'Agora - Scène nat. d'Evry

Bérangère Jannelle - Vivre dans le feu / Les Abbesses

Berlin - Tagfisch / Le CENTQUATRE

Lagartijas tiradas al sol - Asalto al agua transparente / El Rumor del incendio / L'Apostrophe - Théâtre des Arts-Cergy / Maison des Arts Créteil

***Robert Wilson / Lou Reed / Berliner Ensemble - Lulu de Franck Wedekind / Théâtre de la Ville

***Compagnie De KOE - Outrage au public de Peter Handke / Théâtre de la Bastille

***Joris Lacoste - Le vrai spectacle / Théâtre de Gennevilliers

***Collectif Les Possédés / Rodolphe Dana - Bullet Park / La Scène Watteau / Théâtre de la Bastille

Robyn Orlin - ... have you hugged, kissed and respected your brown Venus today? / Théâtre Romain Rolland / Théâtre de la Ville / Théâtre des Bergeries

Théâtre du Radeau - Onzième / Théâtre de Gennevilliers

***Guy Cassiers - Coeur Ténébreux de Josse De Paw / Théâtre de la Ville

Daniel Veronese -
/ Théâtre de la Bastille

Claudio Tolcachir / Timbre 4 - Tercer Cuerpo / Maison des Arts Créteil

Daniel Veronese - Le Développement de la civilisation à venir / Les Enfants se sont endormis / Théâtre de la Bastille

Marcial Di Fonzo Bo / Elise Vigier - L'Entêtement / Maison des Arts Créteil / TGP-CDN de Saint-Denis / Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines

Paroles d'acteurs / Valérie Dréville - La Troade / Théâtre de l'Aquarium

***Rodrigo García - Gólgota picnic / Théâtre du Rond-Point


Romina Paula / El Silencio - El tiempo todo entero / Théâtre du Rond-Point


***Claude Régy - Brume de Dieu de Tarjei Vesaas / La Ménagerie de Verre ---> article ICI


***Nicolas Bouchaud / Eric Didry - La Loi du marcheur / Théâtre du Rond Point ---> article ICI