mercredi 24 avril 2013

Anamorphosis - Quesne

"Anamorphosis" conception et mise en scène Philippe Quesne, collaboration artistique Cyril Gomez-Mathieu, avec Ami Chong, Yuko Kibiki, Makiko Murata et Mao Nakamura
Jusqu'au 26 avril 2013 au Théâtre de Gennevilliers.

Il est toujours question de bulle dans le travail de Philippe Quesne, une sorte de parenthèse dans le temps et dans l'espace. C'est peut-être aussi la mission du théâtre que de nous extraire de la simple banalité. Nous observons le processus créatif de quatre jeunes femmes, groupe de rock japonais, qui cherche l'inspiration pour leur prochaine chanson. Ce qui est très original, c'est que l'on décortique concrètement tout ce qui pourrait composer une écriture, comme si l'imaginaire prenait soudain forme devant nous. 

Le temps prend le temps, les jeunes femmes plongent dans leur univers, et tout en douceur vont explorer leur inspiration. Avec une pointe de juvénilité, elles jouent comme dans l'enfance, les petites parties de leur création, que l'on imagine ensuite devenir des strophes, une histoire racontée dans une chanson.

photo vivarium studio

C'est un spectacle très fin et précis, avec quelques notes politiques toujours en suggestions et non en frontalité, avec habileté comme sait le faire Philippe Quesne dans toutes ses créations. On aurait envie de les rejoindre pour jouer avec elles, sans toutefois oser les déranger, un véritable équilibre émane de ces scènes. Comme si le processus créatif n'était qu'un jeu d'enfant... La musique, ou parfois la nappe de sons nous enveloppe, tout est tellement en place. Voila donc une petite luciole dans la nuit, qu'il faut récupérer avec précaution dans ses mains, une ambiance toute japonaise et délicate, un très chouette moment !

jeudi 28 mars 2013

Memento Mori - Rambert - Godin

Memento Mori de Pascal Rambert, et création lumières Yves Godin, musique Alexandre Meyer
avec Elmer Bäck, Rasmus Slätis, Anders Carlsson, Jakob Öhrman et Lorenzo De Angelis.
Au théâtre de Gennevilliers du 27 mars au 6 avril 2013

Ce n'est pas un spectacle, c'est une expérience. C'est un moment qu'il faut vivre et s'approprier, personne ne verra la même chose. Il faut un peu de calme et de patience (cela nous manque n'est-ce pas dans ces vies...), poser le souffle, se détendre, c'est un moment de spectateur qu'il faut investir de sa personne, physiquement. Nous sommes plongés dans le noir, mais le vrai, et non pas celui qui est vaguement éclairé par une sortie de secours, qui nous perturbe la concentration, ni un noir qui précéderait aux trois coups, un noir théâtral non, c'est un noir foetal. Un retour aux sources, une plongée en soi, et le besoin de s'habituer... Pendant quelques minutes la tentation est de fermer les yeux est là, comme si le noir était insoutenable à regarder. Et voici que l'on s'interroge, sur ses propres réactions, le noir comme un miroir, comme révélateur. 

Et puis soudain il semblerait que l'on aperçoive enfin quelque chose. Mais nous n'en sommes pas sûrs... On finissait par s'y faire, ce cocon, qui ne laissait passer que les sons, d'une salle qui tousse ou chuchote mais aussi parfois se tait. Comme une forme, les yeux essayent de distinguer, et puis une autre et au bout d'un temps, des hommes. 

C'est une expérience rétinienne, les yeux impriment des corps, des gestes, qui se fondent au noir, ou resurgissent ça et là, on est perdu. La nappe de son s'élève, nous sommes aux aguets bien sûr, nous voulons voir, mais quoi ? Ce n'est qu'un jeu de formes, du clair, de l'obscur, du noir sur du clair, de la chair sur de l'ombre... Les balbutiements du langage du corps, les hésitations de la danse, les premiers contacts, que veulent dire ces gestuelles d'âmes qui semblent évoluer sans heurts dans un espace qu'elles habitent ? C'est donc une expérience intime et physique que l'on fait lors de ce spectacle, dont on ne peut publier aucune photo car elles ne restent que dans notre mémoire, sensorielle essentiellement. Un vrai coup de maître du créateur lumière Yves Godin qui peint le spectacle, une création originale d'un metteur en scène qui explore décidément l'humain sous toutes ses formes et un exploit de la part de performers qui évoluent sans beaucoup de repères. 

Un moment rare dont on s'enveloppe et que l'on garde ensuite au fond de soi, comme quelque chose que l'on a aperçu au loin mais dont on n'est pas certain, et qui laisse une trace.

mercredi 20 mars 2013

Avignon 2013 Avant-Programme



19 mars 2013 au théâtre de Gennevilliers, Hortense Archambault et Vincent Baudriller présentaient, accompagnés de leurs deux artistes associés Stanislas Nordey et Dieudonné Niangouna, l'avant programme du festival 2013. Cette 67e édition sera également la dernière qu'ils programmeront puisque Olivier Py sera le prochain directeur. Sans doute un tournant à 180° de programmation est à venir, mais c'est un autre débat ! 

Pour cette 67e édition, le continent Africain sera largement à l'honneur (pas moins de 10 artistes), grâce à l'un des artistes associés, Dieudonné Niangouna, auteur, metteur en scène et comédien venant du Congo. A noter également des habitués et des grands "pontes" du festival, très souvent invités par Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui viendront comme pour faire un dernier tour d'honneur, donner parfois qu'une seule représentation (ex : Castellucci, Cassiers, Cadiot, Delbono, Fabre, Marthaler, Nauzyciel, Ostermeier etc...). Sinon nous retrouverons aussi avec joie Falke Richter, Angélica Liddel, Warlikowski, Philippe Quesne, entre autres, et bien sûr des spectacles de et avec Stanislas Nordey. 

L'Afrique à l'honneur, comme un clin d'oeil à l'Europe en crise, un continent qui ne connaît que ça, la crise, qui se bat et se débat, un continent entier dans la rage du dire, du faire, du vivre... On pré-sent que ces spectacles, pour beaucoup inconnus de nous devraient, sinon nous bousculer, au moins nous interpeller. Peut-être un rappel à l'ordre avant de passer la main sur les missions du théâtre, les messages politique et humains, le corps comme étendard, les besoins d'appel, les tentatives de remuer et de faire bouger les consciences... Avignon sera noire pour ce dernier festival, comme un cri rageur...

A noter la création d'un nouvel espace, la FabricA, lieu de répétition, de résidence à l'année, voulu et conçu par Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui sera une scène de représentation pendant le festival. Inaugurée le 5 juillet, cette salle permettra de faire des représentations avec une vraie hauteur sous plafond, et des répétitions de la taille de la cour d'honneur pour les troupes. 

Le détail du pré-programme ICI


lundi 4 mars 2013

Laetitia Dosch fait péter...

"Laetitia Dosch refait péter Artdanthé" au théâtre de Vanves, le 8 mars 2013, 19h30
Une création de Laetitia Dosch et Anne Steffens, d'après un projet initial de Laetitia Dosch et François Gremaud

Comment dire ? Laetitia Dosch se lance dans un one woman show, elle va nous faire rire c'est sûr, elle nous le promet, elle s'y engage... Elle va faire des tonnes de blagues, et puis des très drôles, des blagues qui grincent, les meilleures... Elle utilise l'humour noir, elle se moque des minorités, elle y va à fond, tout le monde y passe... Les handicapés, les juifs, les étrangers, bref, ici pas de politiquement correct, on n'est pas là pour ça... On est là pourquoi d'ailleurs ? Et puis de quoi parle-t-elle ? Et puis de quoi rions nous ? Pourquoi avons nous perdu cet humour très limite, ou encore n'est-ce pas mieux finalement de ne pas rire de tout...?

Dès les premières minutes le spectateur est sournoisement pris dans des questionnements infinis comme je les aime... Qu'est-ce que la prise de parole en public ? Qu'est-de que l'engagement au théâtre ? Qui assume le "dire" ? Laetitia Dosch n'y va pas par quatre chemins, ni avec le dos de la cuiller, n'y va pas de main morte etc... Toutes les expressions peuvent y passer. Elle joue, avec nous, avec nos idées reçues, et celles pas encore reçues d'ailleurs, elle trifouille, elle rit, elle se rit de nous, elle nous invite à rire, ou pas ? On est embarqué, on ne peut faire autrement et c'est là sa force, dissimulée derrière une hystérie grinçante, irritante, dérangeante...

Laetitia Dosch ne fait donc pas de one woman show, et notre rire n'en est pas vraiment un. Le regard que l'on aura sur elle, sur sa folie, sur ses extrêmes, est comme un miroir qu'elle nous tend. Jusqu'au bout elle saura nous surprendre et nous amener à nous voir autrement, comme spectateurs, comme voyeurs, comme membres d'une société qui est responsable du regard qu'elle porte sur les autres.

A ne pas rater !


mardi 16 octobre 2012

La barque le soir - Vesaas - Régy

avec Yann Boudaud
et Olivier Bonnefoy et Nichan Moumdjian
lumières Remi Godfroy
scénographie Sallahdyn Khatir
son Philippe Cachia
mise en scène Claude Régy
aux ateliers Berthier jusqu'au 3 novembre 2012

Ce n'est pas facile de s'exprimer sur le travail de Claude Régy car il nous fait vivre une expérience toute personnelle et sensorielle, un voyage intérieur dont le témoignage est subjectif.
Nous pouvons commencer par ce qui a sans doute inspiré le metteur en scène : le texte sublime de l'auteur. Nous est présenté ici un court extrait tiré de "La barque le soir" de l'écrivain Norvégien Tarjei Vesaas, relatant la tombée à l'eau d'un homme, sa dérive et son sauvetage. C'est un auteur qui nécessiterait à lui seul un article, tant son écriture est saisissante de beauté et de poésie. Il a un talent de précision rare, qui rend la lecture très visuelle, ceci est précieux au théâtre et invite à toutes les imaginations. 

Pour porter ce texte magnifique, Claude Régy a créé un écrin. Nous sommes installés dans la pénombre, une faible lumière rouge sombre baigne l'espace et nous enveloppe. On devine une traverse blanche de part en part et une bâche de plastique suspendue évoque par ses mouvements irréguliers, comme une forêt sous la neige. Un presque silence règne, désiré par le metteur en scène, précisé à l'entrée, quelques spectateurs chuchotent malgré tout. Une torpeur nous saisit, effet sans doute voulu également, une invitation à la rêverie.
Le comédien paraît enfin et nous emmène loin. Il entre dans une concentration absolue de ce qu'il a à dire, nous suspend à ses mots rendus indispensables par cette mise en scène. Il dessine parfois quelques gestes qui accompagnent ce qu'il raconte comme on tient délicatement un enfant par la main lorsqu'il fait ses premiers pas. 

photo Pascal Victor

L'histoire de cet homme qui glisse, qui coule, qui remonte, qui s'agrippe, qui se noie presque, qui revient... nous sommes à la fois haletants à son devenir, tout en étant bercés par les mots et la lenteur des gestes. Le drame qui se déroule contraste par la délicatesse de la présentation et la somnolence provoquée par la concentration, la pénombre, l'articulation des mots. On tente d'interpréter les lignes entre les lignes de ce texte, parfois en vain, nous sommes nous mêmes attirés par les profondeurs, nous glissons... Les nappes de sons qui entourent le comédiens et nous portent ou nous réveillent, sont parfaitement ajustées comme cette lumière qui n'est que nuances d'obscurités. Tout un travail d'orfèvres pour chacun des intervenants de ce spectacle. 

Soudain des grognements de l'acteur nous tirent de la rêverie. Un chien, un chien, nous sommes au théâtre voyons ! Nous l'aurions presque oublié ! Ce passage est très concret, très vivant, remuant, dérangeant. Décidément Régy souhaite nous secouer tant qu'il le peut, par tous les moyens. 

Ce qui est étonnant dans ces mises en scènes, auxquelles on s'habitue, ou pas, qui nous dérangent ou nous subjuguent, c'est l'emprise inconsciente que cela a sur nous. Il y a un par delà le texte, un au delà du théâtre, une tentative de rejoindre quelque chose chez nous qui vibrerait, ensemble, ou dans une solitude, mais qui serait une expérience "bullaire" et troublante pour peu qu'on s'y laisse glisser. A la fois nous ne sommes pas habitués à cela au théâtre, à la fois n'est-ce pas la mission du théâtre ? Régy reste un grand génie de la mise en scène à savourer encore tant qu'il est là.

A saluer bien sûr la performance du comédien qui est exceptionnel et qui transcende le texte dans un justesse éblouissante.



mardi 18 septembre 2012

Saison 12/13 recommandations

Voici par théâtre, ce que je pense aller voir cette saison, si j'arrive à obtenir des places car il me semble que pour certains théâtres, c'est de plus en plus compliqué (je parle de places payantes bien sûr).

Le théâtre de Gennevilliers :

- 4 solos de Jan Fabre du 23 novembre au 2 décembre 2012
Même si son travail est parfois extrême, il fait du bien en secouant les puces des français bien trop politiquement correct. Même si parfois à "trop montrer", on coupe l'imaginaire des spectateurs, il y a une recherche des limites qui m'intéresse.

- "Muerte y reencarnacion en un cowboy" de Rodrigo Garcia du 11 au 19 janvier 2013
Quelque chose me dit que les bouddhistes ne viendront pas protester contre une vision trop crue de la réincarnation, ce spectacle devrait se dérouler dans le calme comparé à celui de l'an passé, où les catholiques intégristes avaient vraiment fait preuve d'un grand manque de tolérance. Les spectacles de Rodrigo Garcia sont toujours très critique face à la société contemporaine, mais si ce n'est pas le travail de l'art de le faire, alors qui ?

- "Memento Mori" de Pascal Rambert du 27 mars au 17 avril 2013
Après un spectacle tout en mots et en maux de l'an passé, voici un spectacle tout en gestes et en corps, ce qui n'empêche pas tous les spectacles de Pascal Rambert d'être en mots, en maux et en corps. Encore...

- "Retours du Japon"  du 12 au 26 avril  2013 avec un spectacle de Christophe Fiat, petit génie du théâtre qui réussit tout ce qu'il fait alors qu'il débute et une pièce très attendue de Philippe Quesne qui tourne maintenant tellement à l'étranger qu'il nous manque bien par chez nous. A voir car ici nous avons la crème de l'avant garde française, comme toujours programmée à Gennevilliers.

Réservation et abonnements sur : Le Site du Théâtre de Gennevilliers

Le théâtre de l'Odéon :

- "Glaube, Liebe, Hoffnung" de Christoph Marthaler du 14 au 21 septembre 2012
Ce sont toujours de petites merveilles de musique et d'absurde que nous propose ce metteur en scène si difficile à voir, tout est archi complet, je n'irai malheureusement pas mais je voulais quand même le signaler.

- "La barque le soir" de Claude Régy d'après un texte de Tarjei Vesaas du 27 septembre au 3 novembre 2012
Les spectacles de Claude Régy sont des bijoux, des moments uniques et il ne faut pas les rater, car un jour il n'y en aura plus. Même s'ils sont difficiles d'accès et demandent au spectateur de s'impliquer et de renoncer à sa passivité habituelle, cela vaut toujours le coup de se laisser déranger par un metteur en scène hors du commun, qui a compris le mot langage.

- Une création de Joël Pommerat du 17 janvier au 3 mars 2013 à ne pas rater même si l'on ne sait pas encore de quoi il s'agit.

Abonnement ou réservation 14 jours avant le spectacle sur place

Le théâtre de la Bastille :

Cette année ce théâtre ne programme que des auteurs ou metteurs en scène que je ne connais pas (ou très peu) donc je pense aller voir par curiosité mais sans savoir ce que c'est :

-"Lost Replay" de Gérard Watkins du 7 janvier au 3 février 2013, parce qu'il y a notamment Anne Alvaro...

- "La légende de Bornéo" par le collectif l'avantage du doute du 4 au 26 juin 2013

- "Mes jambes, si vous saviez quelle fumée..." de Bruno Geslin et Pierre Maillet du 12 au 30 juin 2013 car c'est d'apres l'oeuvre de Pierre Molinier que j'adore

Réservation et abonnements sur : Le site du Théâtre de la Bastille

Le théâtre de la Colline :

- "Tristesse animal noir" d'après Anja Hilling, mise en scène Stanislas Nordey du 11 janvier au 2 février 2013
Parce que je ne rate jamais un spectacle de Stanislas Nordey, qui est un metteur en scène toujours en recherche, en sculpture du texte et des comédiens.

- "Le cabaret discrépant" d'après Isidore Isou, mise en scène Olivia Granville du 25 janvier au 16 février 2013
Pour Manuel Vallade qui est un excellent comédien et pour l'auteur que je ne connais pas.

Réservation et abonnements sur : Le site du théâtre de la Colline

Le théâtre Gérard Philippe TGP de Saint Denis :

- Diptyque du théâtre Pôle Nord "Oh mon Pays !" (soit "Sandrine" et "Chacal") de Lise Maussion et Damien Mongin, spectacles grandeur nature de vie nature, si vous les avez raté l'an passé, rattrapage indispensable du 29 mars au 9 avril 2013

Réservation et abonnements sur : Le site du TGP

Le théâtre du Rond Point :

- "Mon dernier cheveu noir" de Jean-Louis Fournier, mise en scène Anne Bourgeois du 17 octobre au 10 novembre 2012, dont j'avais vu une adorable et talentueuse mise en scène, j'ai envie de revoir son travail. Elle a mille idées et transforme en conte pour adulte, toutes les histoires.

- "Artaud" de Tom Peuckert mise en scène Paul Plamper, du 14 au 18 novembre 2012, on ne rate rien sur Artaud, c'est comme ça...!

Réservation et abonnements sur : Le site du Théâtre du Rond Point

Le théâtre de la Ville :

-La cité du Rêve" de Krystian Lupa, du 5 au 9 octobre 2012, car il faut voir le travail de ce metteur en scène polonais très original, que je ne connais pas encore...

- "The four seasons restaurant" de Romeo Castellucci du 17 au 27 avril 2013, pour Castellucci que je ne connais pas encore et dont j'entends parler tout le temps...

Abonnements uniquement, ou réservation sur place 3 semaines avant

Le théâtre des Bouffes du Nord :

- "Quand on pense qu'on va vieillir ensemble" des Chiens de Navarre, du 14 au 25 mai 2013, il ne faut pas rater ce collectif déjanté dont j'ai si souvent parlé sur ce blog, qui sont pour moi à la pointe de la création théâtrale aujourd'hui, à suivre dans tout ce qu'ils font !


Théâtre national de Chaillot :

-"Roméo et Juliette" de Shakespeare, mise en scène David Bobée, du 15 au 23 novembre 2012
Après son merveilleux et sombre Hamlet, j'ai hâte de voir ce qu'il présentera sur Roméo et Juliette. Ce jeune metteur en scène esthète, présente un travail très visuel et à tiroir. A suivre

- "Seuls" de et avec Wajdi Mouawad, du 19 au 29 mars 2013, c'est une reprise, à voir pour ceux qui l'ont raté, un texte dit par l'auteur, ce qui est rare chez Mouawad.

Réservations et abonnements sur : Le site du théâtre de Chaillot

Voilà à bientôt pour d'autres conseils...!

mercredi 20 juin 2012

Je m'occupe de vous personnellement - Yves-Noël Genod

Création au théâtre du Rond Point jusqu'au 24 juin 2012
avec Valerie Dréville, Marlène Saldana, Alexandre Styker, Lorenzo de Angelis, Dominique Uber et d'autres...

Devant un plateau nu, quelques plantes près des fenêtres ouvertes sur la rue, Yves-Noël Génod nous accueille depuis les gradins, en faisant tirer quelques cartes sur lesquelles sont notées des citations. Il nous accueille pour mieux nous ensorceler ensuite, nous glisser dans son monde. 

Son travail est une sorte de théâtre "performatif", sous forme de successions de tableaux poétiques que l'on peut s'approprier (ou pas) selon les déambulations des comédiens. Par exemple cela commence par un jeune homme qui s'asperge d'eau en écoutant la Callas, entre naïveté et vraie candeur (que l'on perd un peu de vue de nos jours) avec une légère ironie. Puis Marlène Saldana apparaît avec un masque de François Hollande et jette une vraie dérision sur le plateau, avec sa grande classe désinvolte. 

Le temps est une flânerie, une lente observation extérieure et intérieure, on lutte légèrement pour ne pas se laisser prendre mais c'est avec délice qu'on embarque. Les comédiens jouent avec ce qui est là, s'interpellent, ou restent dans leurs bulles, ils se croisent, se parlent, se quittent. Nous nous perdons dans le jeu de nos attentes, dévidant les pelotes de laines mentales qu'ils nous laissent, afin que nous imaginions notre propre histoire. 

Il s'agit parfois de perdre le regard en créant différents points de vues, et nous laisser choisir ce que nous souhaitons, comme chez Régy, le spectateur est actif dans la représentation, par l'effort intellectuel qu'il doit fournir. Certains n'ont pas la patience et sortent. Cela demande une propension à la rêverie ou d'accepter de baisser les armes. Celui-ci danse, celle-là éclate un moustique sur le mur, cette autre branche son portable... C'est un peu sans filet pour les comédiens qui composent, même s'ils ont sans doute un canevas, et perturbant pour les spectateurs non avertis à la Génod-manie. Il interroge ainsi notre capacité au rêve éveillé et étire le temps jusqu'à jouer avec la limite de la patience ce qui est à la fois risqué et habile. Il détourne l'attention par son procédé, décale le regard, pique de l'humour dans le drame et inversement, nous force sans cesse à remettre en question notre habitude. 

Valérie Dréville lit des extraits d'écrits d'Hélène Bessette, notamment sur le suicide, et là encore les opposés s'attirent ; la légèreté, le drame... Tout peut paraître absurde comme une loupe posée sur les inconscients de chacun, ou les rêves mêlés de leurs propres sens, se révèlent à qui veut. Un homme animal utilise une poule comme mitraillette, Marlène essaye d'accrocher une boule de noël à un arbre invisible, le jeune homme prend de la lumière dans ses bras, et Valérie lit... Les comédiens se mêlent à nous et l'on se prend à avoir envie d'aller jouer avec eux. C'est là qu'est la force du travail d'Yves-Noël Génod, nous faire croire qu'il nous attire dans son monde, alors qu'il essaye de nous révéler le notre.


photo François Stemmer


Dans l'encadrement d'une porte des choses semblent se passer derrière, comme dans la vie, les spectacles d'Yves-Noël Génod se ressemblent et sont toujours différents. Ils sont comme des bulles de savon oniriques que l'on suit des yeux en se demandant quand elles vont éclater, pour finalement nous laisser des traces d'émerveillement. 

Voilà c'est une histoire d'ambiance plus qu'une histoire à suivre, avec des tonnes de surprises, venez prendre vos deux heures de Génod, il s'occupe de vous personnellement, en vous faisant vous occuper de vous personnellement... ça vous fera un peu d'air dans ce monde de brutes...


jeudi 14 juin 2012

Ma chambre froide - Pommerat

Reprise au théâtre de l'Odéon (Ateliers Berthier) de l'excellente pièce de Joël Pommerat "Ma chambre froide" jusqu'au 24 juin.

Lire ici la critique que j'ai écrite lorsqu'elle a été joué la première fois : ICI

jeudi 7 juin 2012

My Secret Garden - Richter - Nordey

Reprise au théâtre du Rond Point du 7 au 24 juin de l'excellent spectacle de Falk Richter et Stanislas Nordey "My Secret Garden" qui a été présenté au festival d'Avignon en 2010.

Je vous le conseille vraiment, c'est une création très contemporaine et brillamment jouée.

La chronique de l'époque est à lire ICI

jeudi 24 mai 2012

Les Quatre Jumelles - Copi - Rabeux

texte de Copi, mis en scène par Jean-Michel Rabeux
avec Claude Degliame, Georges Edmont, Marc Mérigot et Christophe Sauger
Scénographie, costume et maquillages Pierre-André Weitz
jusqu'au 23 juin au théâtre de la Bastille

Cela commence dans une arène construite pour cette mise en scène, les spectateur encerclant une petite scène constituée d'une boule de lumière et d'un socle géant. En sortent, telles des vers luisants tapis à la sortie de la lune, deux jumelles de blanc vêtues. Tout de suite elles veulent se droguer pour sûr, ce sont des travestis, pour sûr, elles sont hystériques et meurtrières ou suicidaires, on ne sait plus, pour sûr, nous sommes dans Copi jusqu'au cou. Bientôt rejointes par deux autres jumelles, identiquement vêtues, toutes prêtes à se droguer, à s'entre-tuer, à voler de l'argent, à mourir dignement et surtout à s'insulter copieusement... 

La scène en rond, comme le texte tourne en rond, la situation inextricable, sont-elles quatre vraiment ou une seule ? Elles se tuent vraiment, et ressuscitent, elles se droguent vraiment, et veulent mourir pour de bon... Est-ce un jeu ? Rapidement, bien sûr tout devient oppressant et répétitif, comme un reflet des effets de la drogue et de la solitude. Aujourd'hui faut-il rappeler qui était ce génie de Copi, Argentin exilé en France, homosexuel, drogué, fuyant les fascistes de son pays, mourant du sida dans les années 80, peu monté encore car tellement déjanté et borderline, qu'il fait souvent peur ? Bien sûr Jean-Michel Rabeux qui l'a connu, est le metteur en scène voué à le jouer sans trop le trahir, tant ils partagent le baroque et le goût pour la douce provocation. 

Le public est perplexe, certains rient aux éclats, d'autres se regardent consternés, quelques uns sortent une fois qu'ils réalisent qu'il ne se passera rien "de plus" que cette folie amère qui tourne et triture les méninges. Copi met mal à l'aise forcément, il appuie là où ça fait mal, avec fracas, et rire démoniaque. On passe une heure affriolante, au rythme des meurtres et des cris, les comédiens sont parfaits, leurs rôles semblent avoir été cousus sur mesure, comme leurs costumes. C'est justement ce qui a fini par m'ennuyer, aucune surprise finalement, du grand Copi, du bon Rabeux comme on l'attendait, travesti et maquillage, sans contre pied, sans ironie, où la répétition passe un peu à coté du comique. J'aurais peut-être rêvé quelque chose de jamais vu, un Copi sans paillettes, plus sobre, pour tenter l'expérience audacieuse d'y entendre son texte autrement.

Spectacle à voir bien sûr, pour le talent de tous ces protagonistes, et le plaisir du théâtre du corps et du sang.

Claude Degliame / Christophe Sauger