mercredi 6 avril 2011

Pour l'Amour de Gerard Philipe - Pierre Notte

mise en scène, texte, scénographie et musique Pierre Notte
avec Bernard Alane, Romain Apelbaum, Sophie Arthur, Emma de Caunes, Raphaël
au théâtre de la Bruyère jusqu'au 9 avril 2011

C'est un joli conte pour adulte que nous présente Pierre Notte avec son écriture enchanteresse, faite d'humour, de rêverie et de vérités saupoudrées l'air de rien.
Charles, ou plutôt, Fanfan, enfin Philippe Gérard, est un petit garçon qui naît d'un couple qui vénère l'un le Général de Gaulle, l'autre Gérard Philipe et le Che. Autant de disparités que d'humeurs diverses accueillent ce bébé qui n'a qu'un doigt à chaque main. Les deux parents veulent faire de lui un être d'exception et c'est pour cela qu'il le nomme avec les prénoms de leurs idoles... Mais le père, un peu rêveur, un peu peureux, meurt brutalement, laissant le petit garçon dans les griffes d'une mère étouffante.

Adulte Philippe Gérard cache bien des secrets et décide de partir et quitter cette mère qui voulant faire de lui quelqu'un, est en train de tuer sa personnalité. S'ensuit une quête initiatique d'un jeune homme qui se cherche et qui va se trouver et se réaliser, parmi les saltimbanques et les monstres de cirque.

La mise en scène est comme l'écriture, pleine de surprises et de candeur, ce qui donne un effet de légèreté. Les comédiens sont justes et drôles, particulièrement le couple de parents qui se déchirent gentiment pendant toute la pièce. Raphaël qui fait ici ses premiers pas apporte ce qu'il faut de naïveté à son personnage, et même si l'on sent son manque d'expérience, il a su se trouver une voix et un ton à lui.
Un bon moment dont on repart avec quelques étoiles dans les yeux et l'envie de n'écouter que son coeur pour devenir qui l'on est.

lundi 21 mars 2011

La nuit des Rois - Shakespeare - Rabeux

mise en scène et adaptation Jean Michel Rabeux
avec Hubertus Biermann, Patrice Botella, Bénédicte Cerutti, Corinne Cicolari, Claude Degliame, Georges Edmont, Géraldine Martineau, Gilles Ostrowsky, Vimala Pons, Christophe Sauger, Eram Sobhani et Seb Martel
scénographie Pierre André Weitz
à la MC 93 de Bobigny jusqu'au 3 avril 2011

photo Ronan Thenadey site : www.ronanthenadey.com


Ebouriffant !
Après le Cauchemar écrit et monté par Monsieur Rabeux la saison dernière, l'on conçoit aisément que ce dernier ainsi que ses comédiens fétiches, aient eu envie si ce n'est besoin, de rire et de burlesque. La pièce "12 nights or what you will" n'en est pas moins profonde, comme toujours chez Shakespeare, même dans la plus grande bouffonnerie, la gravité du propos demeure. Cela commence par un naufrage, ainsi va la vie n'est-ce pas ? où Viola et Sébastien deux jumeaux très attachés, croient en la mort de l'autre. Désespérée, Viola décide de se grimer en homme et entre au service du Duc Orsino en tant que page. Ce dernier très épris d'Olivia, demande à son page de lui servir d'intermédiaire. Olivia à son tour tombe amoureuse de ce page qu'elle prend pour un homme. Et comme un trio amoureux est encore plus savoureux, Viola devenue Cesario s'éprend de son maître le Duc. A côté de ce trio infernal qui souffre d'un amour sans retour, s'amusent et se déchire l'entourage : le fou, le sage, l'oncle et la dame de compagnie d'Olivia, ainsi qu'un prétendant d'Olivia, Sir Andrew un peu stupide.

Ce qui est ébouriffant, c'est que tout virevolte pour notre plus grand bonheur. Le texte bien entendu est savoureux dans son essence : l'amour et sa compagne la souffrance, la cocasserie des situations, l'ironie permanente de Shakespeare en miroir à l'ironie de la vie. Le talent de l'auteur, qui n'est plus à démontrer est ici sublimé par l'adaptation de Jean-Michel Rabeux qui a modernisé les paroles, les injures, les plaisanteries, les tournures de phrases parfois en anglais sont d'autant plus vivantes, et nous attrapent d'avantage dans les méandres voulues. Les comédiens sont tous justes et doués dans l'humour et la dérision de soi. Chacun dans son registre, chacun gardant sa couleur, sa touche, comme autant de masques donnés au propos de Shakespeare, les mille facettes de leurs costumes, les mille visages peints sur le décor, arlequins de théâtre. C'est la force d'un metteur en scène qui sait regrouper des talents divers et qui offre la liberté qu'il faut pour se réaliser à l'intérieur de sa création. Ainsi le virtuose Gilles Ostrowski excelle dans la bouffonnerie la plus pure, tandis qu'une Vimala Pons toujours d'une précision incroyable jongle avec la souffrance, l'ironie et la stupeur avec autant de nuances que Shakespeare en met dans le propos, Claude Degliame semble saoûle tout du long de la pièce aviné qu'est son personnage masculin, Eram Sobhani est un noir très convainquant qui crie à l'injustice du monde et de l'amour, Georges Edmont est fabuleux en folle-fou du roi, plus sage que fou, et le sage joué par Christophe Sauger semble plutôt fou sur talon haut qui esquisse une passe de basket pour les yeux de sa belle... Tout est à l'avenant, tous les personnages sont savoureux, de délicate drôlerie et de juste folie.

Tout ceci se joue aussi en musique, chacun se posant sur un petit escalier témoin lorsqu'il n'est pas sur le plateau, et s'empare éventuellement d'un instrument. La jolie voix de Corinne Cicolari, bien rock n'roll, ou bluesy retentit et tout le monde s'ébranle et chante en choeur, au rythme de la guitare de Seb Martel. Les chansons adoucissent les moeurs ou les enchaînent, bien d'aujourd'hui ou à peine d'hier, elles résonnent au corps et au coeur. Cela participe du virevoltage dans lequel nous sommes entraînés, carnaval déjanté, ou nuit des rois de la nuit, de la 12e nuit après la naissance du Christ ou tout est permis comme le souligne le sous-titre "what you will" !

Après l'alcool et le rock n'roll, bien sûr c'est l'éros qui est à l'honneur. Outre l'amour, dont il est pourvu, le sexe est présent dans cette pièce de part le travestissement de Viola, sublimé et encensé encore une fois par le metteur en scène qui propose d'autres échanges de sexes. Histoire de brouiller les cartes, les humeurs et les genres, parce que sinon tout est trop simple. Alors on s'embrasse à pleine bouche, on se travestit, on se touche, on se montre, on se séduit, ou pas. Des gros mots gras se font entendre, aussi bousculants qu'insérés, ils ne gênent pas plus l'oreille que celui qui serait offusqué par les travestis. Un peu provoquant, à peine, mais nous sommes plus du côté de l'érotisme doucereux, que de celui du shocking dear... Bref, les enfants peuvent y aller !

Et pendant ce temps le mur de tôle orange circule entre les mains des comédiens, comme s'ils poussaient leurs destins autant que les lieux, se cachant parfois ou au contraire attendant leur tour de jeu, comme un tour de manège dans lequel il nous faut monter au plus vite, fous que nous sommes. Bien sûr la pièce n'est pas que drôle, et le texte qui nous parvient parfaitement car il sait se faire entendre et se dire, est plein de sous parties et de sujets à réflexion, et autant de pauses dans le rire, nous permettent aussi de réfléchir. C'est le théâtre parfait de Shakespeare !

Voilà ce n'est pas une critique c'est un éloge, comme toujours avec moi pour ce metteur en scène qui décidément, a tout compris au cauchemar, mais aussi à Shakespeare, car il semble à mes yeux que nous y sommes enfin, main dans la main avec tout ce qu'il essayait de mettre en même temps dans ses pièces : la démesure dans les extrêmes mais maîtrisée afin que nous comprenions le propos, l'humour et l'ironie de la vie, la fête et la tentative d'oublier les douleurs, la mesquinerie des humains mais aussi leur incroyable capacité d'aimer à la folie, la sexualité toujours ambigüe, et l'espoir dans le désespoir. Du vrai Shakespeare, enfin...

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jeudi 3 mars 2011

Ma chambre froide - Pommerat

Création de Joël Pommerat
avec Jacob Ahrend, Saadia Bentaëb, Lionel Codino, Ruth Olaizola, Frédéric Laurent, Serge Larivière, Marie Piemontese, Nathalie Rjewsky et Dominique Tack
Scénographie et lumières Eric Soyer
du 2 au 27 mars au théâtre de l'Odéon (Berthier)

Le beau pari est relevé, une création par an pour la compagnie Louis Brouillard et son metteur en scène, après une saison de résidence au théâtre de l'Odéon, haut la main. Voici un conte pour adultes, après les deux contes pour enfants que Joël Pommerat a mis en scène cette saison. Un conte entre onirisme et réalité sociale, mais toujours avec l'idée de parcours de vie au cours duquel on essaye de changer, de se révéler. Estelle travaille dans un magasin et est très dévouée à ses collègues, souvent c'est elle qui fait les remplacements ou qui prête de l'argent. Et puis il y a ce patron, si injuste qui crie sur tout le monde, et qui un jour va voir sa vie chamboulée. De ce retournement de situation, va découler l'avenir de tous les protagonistes, et chacun va réagir à sa manière devant de nouvelles responsabilités. Estelle au coeur de la tempête se révèlera comme certains, totalement à l'opposée de ce que l'on imaginait d'elle.

Ce conte est à rebondissements, tout en cut et en noirs, dans la tradition des pièces de théâtre-film de Pommerat. Il exerce comme un montage de situations qui s'opèrent plus ou moins vite, et nous entraîne dans un rythme particulier, ébouriffant. Dans la noirceur cependant on rit beaucoup, les comédiens sont d'une précision d'orfèvre et d'une grande proximité. Le dispositif scénique est créé pour, tout opère pour nous englober dans l'univers et l'histoire, pour une fois très linéaire ici racontée.

Ici ce qui est si plaisant c'est que l'on approche une perfection dans la recherche. Les comédiens sont d'une justesse qui se rapproche d'un documentaire à la StripTease rendant leurs parcours très réalistes, et gommant l'effet théâtre, parfois si éloigné de la vie. La mise en scène et la scénographie, comme les images oniriques de Pommerat ou la musique parfaitement adaptée créent pour nous une bulle de rêve dans laquelle on se laisse emporter. Le texte est à la fois riche et accessible, narratif et rempli de messages sujets à réflexion, qui arrive à nous toucher vraiment... Bref, sans doute beaucoup de travail pour arriver à ce résultat, ainsi que des années d'expérience et une troupe qui se connait bien. Il est à saluer ce résultat, il faut aller voir du théâtre comme ça, où tout les protagonistes se donnent complètement et permettent que nous repartions les poches pleines, les yeux brillants, après un véritable don, de quoi réfléchir et peut être regarder le monde autrement, ce qui se fait rare de nos jours. Du boulot et du théâtre généreux que diable ! Ca suffit la flemme et l'a peu près des salles qui se remplissent de spectateurs peu exigeants devant des spectacles baclés !
Allez-y...!
photo Alain Fonteray

lundi 17 janvier 2011

L'avenir, seulement - Bertholet

Texte et mise en scène Mathieu Bertholet
avec Fréderic Baron, Léonard Bertholet, Valentin de Carbonnières, Blandine Costaz, Baptiste Coustenoble, Thibaut Evrard, Roberto Garieri, Fred Jacot-Guillarmod, Nissa Kashani, Nora Steinig et Catherine Travelletti.
Scénographie Sylvie Kleiber
Au théâtre de Gennevilliers du 13 au 29 janvier 2011

Rosa Luxembourg et un garde entrent sur le demi plateau du théâtre et échangent quelques mots sur sa captivité. Puis le garde sort et le plateau s'ouvre sur l'immensité d'un plateau complet, et dans une brume opaque, apparaissent tous les comédiens à de petites tables éclairées à cour pour nous, mais tout au fond une autre rangée de spectateurs apparaît en miroir de la notre. L'espace est ainsi totalement troublé et troublant. On réalise rapidement que tous les personnages sont incarnés à tour de rôles, que personne n'est quelqu'un en particulier, que tout le monde peut être tout le monde. Le texte découpé en tranches numérotées (488 au total et chaque comédien en connaît 150) n'est pas énoncé chronologiquement et l'on retrouve des moments de la vie de Rosa Luxembourg, en détention, chez des amis, libérée, avant sa mort, avant sa détention... Chaque comédien annonce le numéro de la séquence qui va être dite et parfois l'enchaîne, ou la souffle à un autre comédien. Pendant ce temps tous arpentent l'immense plateau d'un bout à l'autre en continu, montent les escaliers entre les spectateurs et redescendent pour re circuler.

Photo Marc Domage

Dans ce bouillonnement, les comédiens sortent parfois de la déambulation pour aller consulter les fiches sur les tables, ou échanger deux mots avec le metteur en scène qui est présent tout du long. Ils changent aussi de costumes, ou vont entrer en gestes sur le chemin. Peu à peu le texte, la parole laissent place à la danse, aux mouvements. Le propos se perd, mais il n'est pas central. Tout est déconstruit dans ce travail assez jubilatoire de Mathieu Bertholet. L'on ne peut s'accrocher à rien et l'on ne peut qu'accepter de se laisser emporter. Ou pas, car certains spectateurs sortent, ce qui peut être l'apanage des très bons spectacles. Cette tentative de perdition des sens et des repères, les comédiens très en distanciation, le texte découpé, soufflé, parfois pas entendu, parfois répété en écho grâce à des micros, réussit à nous rapprocher de l'expérience sensorielle et nous oblige à nous dégager du sens des mots. En cela le travail est vraiment réussi et nous nous laissons porter par les gestes et les sensations. Cela m'a paru un peu Brechtien sur quelques aspects, la perte de notion de personnage et d'illusion théâtrale, le désir de nous laisser nous approprier le message en sortant du psychologique, l'aspect épique même si l'on est sorti de la narration pure.

Photo Marc Domage

Se pose ici aussi la question de la liberté de l'acteur à qui l'on laisse le soin de choisir les passages qu'il joue. Dans un terrain qui semble infini de possibilités dans lequel nous essayons de nous glisser, tout semble malgré tout avoir été hautement préparé, chorégraphié, beaucoup de travail en amont sur les textes, rien n'est vraiment laissé au hasard et c'est cette grande maîtrise qui rend ce marathon possible. Nous ne sommes pas forcément habitués à ce genre de liberté là, qui nous en donne aussi, un peu comme chez Régy où le spectateur ne peut pas être passif. Dans ce tourbillon on a presque envie de les rejoindre, d'aller danser notre révolte avec eux, de prendre des bouts de textes et de les dire et de les vivre et de les vibrer... C'est une véritable invitation dans le dynamisme politique et dans l'adversité que l'on ressent. Je regrette juste cette dilution du texte qui s'opère au fur et à mesure car il me semblait assez fort et face à la profusion des propositions, il est vrai qu'on a des difficultés à le suivre. Or la beauté du combat de Rosa Luxembourg et de ses proches est vraiment encore "entendable" aujourd'hui comme disait Lew (par Mathieu Bertholet) "nos histoires personnelles ? Dans un tel moment de l'histoire...?!" L'expérience finit par se centrer un peu sur elle-même et perdre les idées transportées par le texte.

Une expérience théâtrale très intense s'il en est, à aller découvrir dans ce lieu de toutes les audaces, qu'est le théâtre de Gennevilliers.

samedi 15 janvier 2011

Les traducteurs - Conférence Régy - Boyer


Claude Régy - Régis Boyer

En cet après-midi ensoleillé, les gens se ruent et dévalisent le magasin d'écrans plats qui se trouve face à la Ménagerie de Verre, soldes obligent. Et pendant ce temps, nous nous délectons d'une petite conférence organisée par la Mel (Maison des écrivains et de la littérature) avec Claude Régy qui met en scène ces jours-ci Brume de Dieu, des extraits des Oiseaux de Tarjei Vesaas, traduit du néo norvégien par Régis Boyer. Et nous buvons les paroles passionnantes de ces deux hommes qui se rencontrent pour la première fois et qui partagent le même amour des mots, de la littérature et de tout ce qui se trouve au-delà.

Tout d'abord un peu d'histoire et je ne résiste pas à vous faire partager ce que j'ai appris : la Norvège a connu un âge d'or au XIIe siècle et fut ensuite colonisée jusqu'à la fin du XIXe quand même, par le Danemark. De ce fait la langue norvégienne a quasiment disparu, pour laisser la place à une langue issue d'un mélange danois et ancien-norvégien. Il reste des vestiges de la langue norvégienne d'origine dans l'islandais. Au début du siècle dernier à la libération de la Norvège, il fut tenté de retrouver cette langue et est née une sorte de néo-norvégien, issus de l'association de plusieurs dialectes et d'étude de l'islandais. Tarjei Vesaas a choisi d'écrire dans cette langue ainsi (re)créée. On retrouve donc dans la langue, mais aussi dans la pensée qui l'accompagne, la crainte, ou l'assurance, d'être incompris.

Claude Régy parsème l'histoire et les explications si intéressantes de Régis Boyer de son désir aujourd'hui de travailler en "s'éloignant du théâtre" pour se rapprocher encore plus du texte et de travailler à faire entendre ce qui est "en deçà du langage mais aussi au delà". Et il cite Nathalie Sarraute qui parlait de la création littéraire comme une tentative de faire éclore pour les autres "des parcelles de réalité inconnue". C'est ce qui se trouve en dehors des mots, un langage codé d'entre les lignes qu'il essaye de faire ressortir avec le comédien. Et Régis Boyer de rebondir sur la culture scandinave si éloignée de la notre finalement. Il nous explique que les norvégiens particulièrement sont capables de rester totalement silencieux, même s'ils vous ont invité à dîner. Il y a comme une pensée qui existe en dehors de la parole mais se pose alors la question "à qui on parle quand on pense ?", comme l'on peut dire "à qui l'on parle quand on écrit ?". Autant de questions soulevées malicieusement et dont les réponses énigmatiques satisfont totalement les deux intervenants.

Régis Boyer de continuer sur la culture de ces pays du nord, comme leur rapport très important avec la nature, et le fait qu'ils ne sont pas très à l'aise dans l'abstrait. Mais dans cette connexion à la nature il y a quand même une grande part accordée justement à tout ce qui est "caché derrière". Mathis le héros des Oiseaux de Tarjei Vesaas est considéré comme légèrement attardé mental mais en fait il est d'autant plus en lien avec ce qui l'entoure, lui qui peut lire les "hiéroglyphes" laissés par les pas des bécasses dans la boue. Enfin Régis Boyer nous parle de la lumière, celle qui laisse le jour durer pendant des nuits, qui abolit le temps et les distances et qui place forcément dans un autre rapport au réel. Un peuple peu atteint par le christianisme mais plus proche des origines païennes du culte de Gaia, qui considère la mort comme un changement d'état, ni plus ni moins. Alors cela donne une littérature plein de recoins à découvrir, de contemplation et de secrets, qu'il est bon de s'approprier, d'humain à humain. Claude Régy conclura en expliquant le titre qu'il a donné à ces extraits Brume de Dieu, comme étant une recherche de clarté au delà du brouillard...

Merci à eux et à la Mel pour ce très bon moment plein de paillettes de neige dans les yeux...



vendredi 7 janvier 2011

La Conférence - Pellet - Nordey

photo Giovanni Cittadini Cesi

La Conférence de Christophe Pellet,
Mise en scène et jeu Stanislas Nordey
Scénographie Emmanuel Clolus
Théâtre du Rond Point du 4 au 30 janvier 2011

Que l'on sort perplexe d'un tel exercice... D'un côté un texte acerbe et noir, rejetant avec effroi et horreur ce que l'auteur nomme "l'esprit français" et "les entreprises culturelles françaises", coupables de tous les maux artistiques et de toutes les restrictions humaines qu'il soit, avec les défauts d'un "circuit" dans lequel il faut être, et l'aspect immuable et jusqu'à ne plus être capable de regard qualitatif sur les choses ; et d'un autre un comédien metteur en scène ancien directeur de théâtre national, qui réussit dans ce "milieu" et fait sans doute partie d'une forme d'intelligentsia théâtrale même s'il a beaucoup été critiqué. Tout ceci joué dans un théâtre qui se voudrait populaire, mais qui est quand même dirigé par un personnage haut en couleur en ce qui concerne la renommée et le copinage.

Alors quoi ? N'ont-ils pas droit eux aussi de critiquer cet esprit restreint et corporatiste qui nous caractérise tant en France et qui nous rend si difficiles à l'innovation et à l'émergence des talents, et qui de ce fait favorise encore plus l'envie de s'accrocher au petit fauteuil que l'on réussit un jour à attraper ? Le public du théâtre du Rond Point à grande partie bourgeoisie vieillissante et initiés parisiens ne serait-il pas prompt à entendre tel message ? Oui mais alors quel message ? Les pistes sont ici un peu brouillées. Pourquoi pas, cela peut porter à réflexion et c'est déjà utile. Mais je m'interroge malgré tout... Le discours semble tomber un peu à plat même s'il est assené car le texte est très peu ironique et peu drôle. C'est un vrai regard désespéré de quelqu'un qui est allé au bout puisqu'il vit aujourd'hui à Berlin. Ville où bon nombre d'artistes français émigrent par lassitude de tout ce qui est honnis ainsi dans le texte. Mais cela manque un peu de précisions. Finalement tout est quasi sous entendu et l'on ne sait plus vraiment de quoi on parle, à part que nous sommes tous sensés très bien comprendre puisque nous sommes plus ou moins des intellos français dans le public ? Malgré tout je trouve que dénoncer quelque chose c'est aussi le décrire un peu, histoire de regarder l'objet et d'avoir des idées éventuellement pour y réagir.

C'est un texte à la croisée des chemins, par quelqu'un qui est à la croisée des chemins, joué par un comédien à la croisée des chemins et finalement à force de croiser les chemins on finit par perdre un peu sa route. Une belle performance d'acteur néanmoins par un Stanislas Nordey qui fait bien de revenir sur le plateau. En espérant que cela donnera quand même à penser, d'essayer de dire les choses telles qu'elles sont, ce texte est plein de vérités amères.

lundi 3 janvier 2011

Brume de Dieu - Vesaas - Régy


d'après Les Oiseaux de Tarjei Vesaas,
mise en scène Claude Régy
avec Laurent Cazanave
à la Ménagerie de Verre du 13 décembre 2010 au 29 janvier 2011

On rentre dans une telle pénombre que les ouvreuses chuchotent inspirées par l'ambiance tamisée. On distingue un plateau noir brillant, et l'on est enfin plongé dans un noir total au début du spectacle. Et puis il entre. Fait quelques pas, le temps s'allonge, on est bien dans un spectacle de Claude Régy. Il traverse le plateau, une lumière très douce s'élève, on le distingue, un dispositif ingénieux nous cache l'origine des faisceaux qui éclairent. Des couleurs rosées, orangées, se reflètent sur les parois restées blanches du bord de scène. On peut écouter notre propre respiration et se prendre à rêver. Se poser un peu... quelques sons s'élèvent aussi, comme un velouté, une ambiance un peu inquiétante.

Et puis ce jeune homme doux qui déambulait se trouve devant nous et il parle. Sa voix est immédiatement étrange, son élocution particulière. Entre chant et décortication des mots, rien de commun en tout cas, il pose chaque syllabe et nous invite ainsi à entrer dans une sorte de balancement délicat des phrases. Il raconte, Mattis et sa soeur Hege, qui vivent au bord du lac. Mattis que l'on comprend "différent", un peu ralenti peut être, un peu rêveur, qui part à la pêche dans une barque qui prend l'eau. Le ton est parfois espiègle, parfois tellement étrange que l'on sent la particularité du personnage. Et la lenteur de l'élocution donne à penser. Nos pensées, car c'est cela la magie de Régy, c'est que l'on s'approprie l'espace et le temps. Tout est ici prétexte à notre propre investigation. Ceci est support à notre imagination, miroir de nos émotions, élasticité des tensions sur lesquelles rebondissent nos soupirs.

Alors pas à pas on suit les aventures de Mattis, suspendu au souffle du comédien, à ses yeux fixes et à ses pas mesurés. Lorsqu'il est au bord du plateau, les pieds à demi dans le vide, les mains en l'air mimant son désespoir soudain, nous sommes nous-mêmes au bord du gouffre. Claude Régy s'adresse directement à notre inconscient et c'est en cela sa force, c'est aussi ce qui dérange tant et qui provoque ces impatiences. Pas évident de se voir ainsi, même si rien ne parle de nous dans le texte, tout parle de nous dans tout. La parole qui ne ressemble à rien, les gestes qui ne ressemblent à rien, tout frôle l'abstrait, la poésie ultime, le non sens qui fait le plus sens, notre inspiration profonde.

Merci monsieur Régy d'être dans les plus contemporains et les plus modernes des metteurs en scènes, d'être de ceux qui continuent à chaque spectacle à prendre autant de risques pour essayer de s'approcher du sublime, à force de polir la pierre avec patience et exigence. Quelle respiration dans ce monde qui court à sa perte à force de s'étourdir de facilités...

A voir et à revoir à la Ménagerie encore jusqu'au 29 janvier 2011...

photo Brigitte Enguerand

jeudi 9 décembre 2010

Rêve d'automne - Fosse - Chéreau

Photo Pascal Victor/ArtComArt

texte Jon Fosse, mise en scène Patrice Chéreau
avec Pascal Greggory, Valéria Bruni-Tedeschi, Bulle Ogier, Bernard Verley, Marie Bunel, Michelle Marquais et Alexandre Styker
du 4 décembre au 25 janvier 2011 au théâtre de la Ville, châtelet.

Les nombres pairs rentrent par une porte de musée, trois salles du Louvre sont reconstituées sur le plateau du théâtre de la Ville, et les spectateurs prennent part au décor tels des passants regardant des tableaux dans un musée. Pour une fois ce sont eux les comédiens présents avant que le spectacle commence. Et puis lorsque tout le monde est installé, une vieille femme déambule pieds nus, un bouquet à la main, hagarde, semblant perdue. Et puis un jeu de cache cache commence entre Pascal Greggory, en voyageur fatigué et Valéria Bruni-Tedeschi en jeune femme blonde accrochée à son sac à main. Mais ces deux là se connaissent bien. Lorsque la parole se prend, on entre dans le texte de Jon Fosse, épuré, précis, répétitif. La répétition du texte, du mot font écho aux répétitions de la vie.

L'étrangeté des scènes qui se suivent et qui semblent avaler les années entre elles, se relaient avec des instants de vies, joués, ou rejoués, oubliés ou revécus. Le temps se tord et se distend, même les personnages parfois ne semblent plus savoir s'ils se souviennent, ou s'ils ont peur et imaginent ce qui pourrait se passer. Tous se retrouvent là, dans un cimetière, à l'origine du texte de Fosse, devenu musée pour Chéreau. Etrange parallèle qui n'a pas semblé vexer le Louvre... Un homme, une femme, les parents de cet homme, l'ex femme de cet homme... Mais la comparaison peut exister, entre les vivants qui observent les morts et les morts qui semblent encore présents et nous regarder aussi. Mais qui est vivant et qui est mort ? Chéreau a d'ailleurs rajouté deux personnages, la grand-mère et le fils de l'homme, qui ne sont pas dans le texte, et qui sont présents, comme des âmes errantes, au fil des scènes.

Tout le monde se court après, tout le monde tente de se faire entendre de l'autre, de faire entendre son amour, son désir, ses peurs... Comme si dans l'écoute il y aurait un espoir d'être sauvé. Comme si les morts rôdaient, appelant notre mort, comme s'il fallait être attentifs les uns aux autres pour continuer à vivre. Chéreau orchestre un ballet de mouvements, d'entrées et de sorties des comédiens, d'errances, des vivants et des morts, pour que tous prennent part à la danse des âmes. La tension de l'écriture de Fosse est bien là, l'anormalité des gens normaux, les liens qui se tissent malgré tout, et ceux qui se délitent, même dans l'amour. "L'amour et la mort, c'est pareil" dira l'homme à bout de souffle, à bout d'envie, à bout de vie. "Plus on parle de sexe, plus on parle de Dieu, et plus ce dont on parle disparaît et il ne reste plus que les mots."

Ce sont les femmes qui viendront à bout de tout le monde dans cette pièce au souffle retenu et aux tentatives échouées d'échappatoire. La mise en scène très cinématographique de Chéreau, me fait penser qu'il a peut être perdu de son incisivité au théâtre. La musique (encore Anthony & the Jonhson qu'on retrouve partout...) ou les bruits sourds qui accompagnent les situations sont très en soulignement de ce qui se passe et ce n'était pas nécessaire. On sent la maîtrise absolue de ce metteur en scène remarquable qui aligne les chefs d'oeuvres depuis 40 ans. La direction d'acteurs totalement parfaite, le rythme impeccable, tout est carré, mais sans prise de risque, une mise en scène de quelqu'un qui maîtrise tellement son art, qu'on a le sentiment qu'il ne va plus au théâtre voir ce qui se fait aujourd'hui. Cette ronde monotone de vie et coupante dans les peurs, dans les rejets des uns et des autres, dans l'angoisse de la fuite désespérée de l'être aimé, si chère à Jon Fosse, reste malgré tout assez collée au plancher et poussiéreuse, comme un musée peut-être ?

mercredi 8 décembre 2010

Baal - Brecht - Orsoni

de Berthold Brecht mise en scène par François Orsoni
avec Mathieu Genet, Alban Guyon, Clothilde Hesme, Tomas Heuer, Thomas Landbo, Estelle Meyer et Jeanne Tremsal
au théâtre de la Bastille du 30 novembre au 22 décembre 2010

Des comédiens sur le plateau quand le public entre, une grande table et des sièges, des fauteuils, un pain de glace qui fond et des portants pour les costumes des comédiens... Un avant goût de ce que nous allons voir, du théâtre "cuisine", c'est à dire dont on voit toute la fabrication et qui se veut contemporain, avec un certain sentiment de bricolage.

C'est un peu du grand virevoltage qui surprendrait peut-être Brecht, on est absolument pas dans la distanciation, mais malgré tout il y a de savoureux éléments dans ce Baal original. Tout d'abord et surtout la comédienne Clothilde Hesme qui endosse le rôle masculin avec merveille, tout en provocation et en tour de force, elle est juste tout du long, entraînante et convaincante, même si ce n'est pas un parti pris de mise en scène, mais de distribution, cela fonctionne parfaitement. Du coup le personnage principal en devient moins misogyne, et les rapports de séduction qu'il entretien avec les femmes et ses amis sont délicieusement ambigus. Ensuite toute la métaphore de l'eau, représentée en pain de glace sur la table qui fond pendant toute la représentation, créant une petite rivière, mais aussi par toutes ces bouteilles bues, remplies d'eau au lieu d'alcool, le pain qui est régulièrement frappé violemment par Baal avec un club de golf (brisons la glace...), ou encore cette eau qu'on crache, qu'on se renverse sur la tête... cette eau qui ressemble à tout ce dans quoi on se noie.

Ecrite aux lendemains de la première guerre mondiale, cette pièce a un goût d'absolu et de défoulement, une envie dévastatrice de profiter de la vie sans artifices superficiels, et d'aller jusqu'au bout de tout, même si c'est pour faire preuve d'ultime égoïsme et de détruire ceux qui nous entourent au passage, ainsi que nous-mêmes. Baal, sans doute un peu Brecht lui-même, auteur et poète qui mêle son art à sa vie. Baal le poète maudit, qui tente de se faire comprendre mais qui finalement se heurte à l'étrangeté de l'autre. Baal tenaillé par son désir incessant des femmes, et son incapacité à tenir en place, son rêve de liberté totale, le reflet d'un Brecht tout jeune qui écrit sa première pièce.

François Orsoni qui dit craindre l'ennui au théâtre, parsème sa mise en scène de bouffonneries qui fonctionnent parfois très bien (la scène du champagne est délirante) parfois beaucoup moins bien (les passages rock'n roll sont assez embarrassants). Ce qui pourrait tendre à en faire un théâtre distrayant alors que ce n'est pas tout ce qu'on peut trouver chez Brecht. C'est à dire que l'on picore chez l'auteur des éléments, mais pas tout, et le reste on le crée à sa sauce, on ajoute au texte quelques impros contemporaines (venir en vélib..., je vous présente un disciple de Charly Oleg...). Avec le risque que cela prenne ou pas dans cette volonté de rendu contemporain à tout prix. Et surtout que certains éléments manquent, par exemple la pièce est trop pudique et légère à mon sens, par rapport à la sexualité et les tensions morbides qu'elle contient. Les comédiens sont assez inégaux dans ce Baal et l'on en ressort mitigé, entre la sensation d'avoir vu une jolie performance et un travail inabouti, peut-être parce que la pièce en elle-même est restée inachevée dans les tiroirs de son auteur.

vendredi 19 novembre 2010

Big Bang - Quesne

Mise en scène Philippe Quesne / Vivarium Studio
avec Isabelle Angotti, Rodolphe Auté, Yvan Clédat, Cyril Gomez-Mathieu, Jung-Ae Kim, Emilien Tessier, César Vayssié et Gaëtan Vourc'h
A Beaubourg du 3 au 7 novembre 2010

Dans un gigantesque cube blanc qui sert de plateau, une comédienne entre et s'assoit à une table. Dessus pêle mêle des livres, les lettres BANG, et autres... Elle feuillette un livre et chantonne... Voilà... Nous sommes une salle pleine de spectateurs suspendus à ses gestes, anodins, les bruits de pages qu'elle tourne. Tiens, nous respirons, nous prenons un peu de temps, nous attendons aussi, qu'il se passe "autre chose". Déjà des questions se bousculent et déjà je me sens happée par la situation. Puis elle repart en coulisse, demande aux autres s'ils sont prêts ? D'autres comédiens entrent, ajustent leur micro, regardent les livres... On se sent back stage, on a presque envie de leur dire "eh mais coucou ! nous sommes là !"... Et puis pourquoi d'abord ? Pourquoi ne pas se laisser emporter ? Pourquoi être pressé que quelque chose se produise ? Pourquoi toujours l'ivresse et l'accélération des choses qui nous empêchent d'en profiter ? Ca y est encore des questions...! Et puis ils repartent, derrière la bâche blanche.

A droite sur l'immense plateau blanc, il y a comme une montagne de plastique qui soudain se met à bouger. Un bout de banquise se détache et progresse... Une boule de poils brun apparaît à gauche du plateau et puis une autre et puis une autre... Plein de boules de poils blanches et brunes éparpillées... et puis une voix interroge "tout le monde est là ?"... Ca y est nous sommes dans l'univers absurde et poétique de Philippe Quesne. Une boule va donner des instructions et les autres les suivre et puis ça sera une autre boule qui aura une idée et qui la proposera et ainsi de suite. Comme lorsqu'on était enfant et que l'on jouait à "on dirait que".

Vont se succéder pendant une heure des jeux d'enfants, d'adultes, d'anges qui sait, créateurs du monde ? Chacun à tour de rôle a une idée et la propose aux autres qui l'accueille avec bienveillance. Tout est aussi absurde que l'imaginaire de chacun mais après tout notre monde n'est il pas aussi absurde ? Ne faisons nous pas du matin au soir que des choses qui n'ont pas vraiment de sens ? Un homme des cavernes créée un feu de bois avec une lampe et des branches, mélange de passé et de futur, une voiture cabossée en fond de plateau, sommes nous à la genèse du monde ou dans un temps post moderne à la mad max ? Tous nos repères sont bousculés et pourtant nous ne sommes pas perdus. Les humains parlent aux humains et chaque tableau est aussi insolite que drôle.

Ce qui émane de tous ces jeux en dehors des multiples questions et autres échos à nos sens et réflexions, c'est la gentillesse et la douceur des échanges. Chaque nouvelle idée de "jeu" est suivie par tous sans surprise et avec entrain. Tout le monde s'y met, une communauté de hippies peut être, ou le jugement de l'autre serait aboli. On dirait qu'il ne reste que les bons côtés de l'homme. Alors est-ce avant (la genèse, le Big Bang...) ou est-ce après (un monde post nucléaire...) mais toujours est il que nos sensations sont bercées de bien être à les regarder s'amuser ainsi en toute curiosité de l'autre.

La scène finale la bâche retirée laisse lieu à une grande mare d'eau sur laquelle seront empilés des dizaines de bateaux, les personnages en combinaisons de martiens... Sont ils prêts à venir nous envahir ? Sont ils nos ancêtres mais alors, qu'est ce qui a merdé ensuite ? Pourquoi la haine et le rejet sont arrivés ensuite ? Ou bien sont ils l'avenir ? Je préfère cette seconde option et suis sortie de ce merveilleux Big Bang des images de douceur et de rêve plein la tête.

Il fallait un Philippe Quesne dans le paysage du spectacle vivant, un marionnettiste d'humain, un peintre du vivant, un plasticien de comédiens, qui privilégie l'image au verbe, sorte de langage international compréhensible par tous, comme le geste d'amour n'est ce pas ?
A suivre...
photo Christophe Raynaud de Lage